un mariage funeste au 17ème siècle

un mariage funeste
                                                                          d’après les LETTRES de Patin (T.2, pp.601-602)
La 30 du mois de novembre passé (1651), il arriva ici (Paris) une chose bien étrange. M.Varin, qui a fait de si belles monnaies et de si belles médailles, avait tout fraîchement marié une sienne fille belle, âgée de vingt-cinq ans, moyennant 25 000 écus, à un correcteur de comptes, nommé Oulry, fils d’un riche marchand de marée. Il n’y avait que 10 jours qu’elle était épousée. On lui apporta un oeuf frais pour son déjeuner; elle tira de la pochette de sa jupe une poudre qu’elle mit dans l’oeuf, comme on y met d’ordinaire du sel. C’était du sublimé,* qu’elle avait ainsi dans l’oeuf, dont elle mourut trois quarts d’heure après sans faire d’autre bruit, sinon qu’elle dit:
                   « Il faut mourir, puisque l’avarice de mon père l’a voulu »
On dit que c’est du mécontentement qu’elle avait d’avoir épousé un homme boiteux, bossu et écrouelleux. Elle mourut dans le logis de son mari, près des halles, et fut enterrée le lendemain sans grande cérémonie. les femmes de la Halle, qui sont les muettes de Paris, mais qui ne laissent pas de babiller plus que tout le reste du monde, disent que cette pauvre jeune femme est morte vierge et martyre, et que son mari n’a jamais couché avec elle. Elle eut horreur de lui dès le soir de ses noces, en voyant quatre hommes occupés à le déshabiller, à démonter son corps comme à vis, et lui ôter une jambe d’acier qu’il avait, et le reste du corps tout contrefait. Voyant ce bel appareil de noces, elle se mit à pleurer et se retira dans un cabinet où elle demeura le reste de la nuit. Le lendemain, ses parents ayant fait leur possible pour la remettre et la fléchir en quelque façon, sans sans avoir rien pu obtenir, le mari, dont la présence était fort odieuse à cette nouvelle épouse, monta à cheval, et s’en alla à Châlons pour affaire d’importance, à ce qu’on dit. Néanmoins la vérité est qu’il n’a pas bougé de Paris, et que sa retraite n’a été que pour cacher les imperfections de son corps. Enfin, elle est morte.

 

sublimé: les parties volatiles du mercure, élevées par le moyen du feu dans un matras, ou dans une cornue (dict.de l’Ac.1786)On pouvait sublimer de la fleur d’antimoine, du soufre, du benjoin.           

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