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Onomastique


généralités
Nos lecteurs devront prendre nos remarques avec prudence.
Bien que nous nous appuyions sur des dictionnaires confirmés et sur nos propres connaissances linguistiques,
les conclusions onomastiques demeurent souvent aléatoires.

 

 L'Onomastique est la science des noms propres, les deux principales branches: l'anthroponymie (noms de personnes) et la toponymie (noms de lieux) sont des sciences annexes de l'Histoire; elles nécessitent de bonnes connaissances en linguistique,  beaucoup de prudence et tout autant de modestie.

          La première règle est de ne pas se fier aux apparences, ce que les linguistes appellent de faux amis, ex: Chambon = un bon champ (!). Les apparences peuvent revêtir un pseudo caractère scientifique. Un cas d'école est précisément emprunté à la toponymie berrichonne :Bonneuil. Un clerc, soucieux de latinité, transcrivit le nom de cette paroisse en bonus oculus, (bon oeil) ce qui mystifia plus d'un chercheur. Il est admis aujourd'hui que Bonneuil vient de l'adjectif latin bonus (bon) + le suffixe gaulois -ialo, (précédé d'un o de liaison accentué) qui a évolué phonétiquement en  -euil, ce suffixe signifiant: espace découvert, clairière. Bonneuil = une bonne clairière; nous sommes loin d'un bon oeil ! Dans le même ordre d'idées, toujours vérifier les sources. Un chercheur imprudent, dont il sera question dans cet article, fait du ruisseau Nahon un affluent de l'... Indre ! Il est évident que le Nahon se jette dans le Fouzon, lui-même affluent du Cher.

          Il est évident que ces interprétations sont le résultat de profondes recherches, auxquelles nous n'aurions pas accès sans trois dictionnaires qui font autorité:

Dictionnaire historique de la langue française, col.Robert(1993), sous la dir. d'Alain Rey
Dictionnaire étymologique des noms de famille, P.Perrin (1991), Marie-Thérèse Morlet
Toponymie générale de la France, Genève, Droz (1990-1991), Ernest Nègre.

Ces trois ouvrages reflètent un niveau de connaissances à un moment donné; depuis, des erreurs ont été relevées, des compléments - surtout - sont venus les enrichir, c'est que, comme toute science, l'onomastique n'est pas  figée; les chercheurs, réunis dans la Société Française d'Onomastique, contribuent par leurs recherches à faire progresser cette science: consulter leurs travaux est incontournable.

          La deuxième précaution à prendre est de toujours replacer le nom étudié (de lieu ou de famille) dans son contexte historique, rechercher le plus grand nombre d'occurrences, étudier l'évolution phonétique au cours des siècles, car le français est une langue vivante qui évolue et n'a cessé d'évoluer au cours des siècles. Un exemple probant nous est fourni par le toponyme Barzelle.


   Un érudit local présente Barzelle comme étant un dérivé du latin basilica = église. Le toponyme serait donc une création du XIIème siècle et prendrait sa source dans la construction d'une abbaye. L'ennui, c'est que, au XIème siècle,  le cartulaire de Levroux dans un acte de 1022 mentionne un Ybert de Barzelle vassal de Eudes de Déols, plus d'un siècle avant la fondation de l'abbaye. Cette affirmation est donc erronée par méconnaissance du contexte historique. Le plus grave est que cet érudit apporte des preuves: la commune dite  de Saint-Christophe en Bazelle s'explique parce que l'abbaye possédait des biens dans cette paroisse. L'ennui (bis) est que nous exploitons les archives de Barzelle depuis 15 ans et nous n'avons pas encore trouvé un acte confirmant une quelconque possession dans cette paroisse. Certes, nous n'affirmons rien, un acte a pu nous échapper, nous aimerions seulement connaître l'acte en question afin d'enrichir nos connaissances. Beaucoup plus grave encore, cet érudit s'appuie sur deux autres preuves, laissant croire que Barzelle a ainsi été traité dans FEW 1,270a et TGF § 27208. FEW renvoie au dictionnaire publié en 1922 par un suisse  W. Wartburg; nous avons le plus grand respect pour ce précurseur de l'onomastique, nous ne possédons pas cet ouvrage mais il nous étonnerait beaucoup qu'il ait traité ce toponyme, auquel cas l'explication aurait été reprise par des chercheurs contemporains, tel Ernest Nègre, autre chercheur pour lequel nous avons également la plus haute estime. Précisément, la seconde référence (TGF) renvoie à l'ouvrage de ce professeur et aux 3 tomes de sa Toponymie générale de la France, l'article 27208 renvoie à Bazaiges et aucunement à notre Barzelle. Présenter ainsi une explication comme certaine en s'appuyant sur trois preuves, apparemment fausses, compromet la crédibilité de son auteur. Certes, l'erreur est possible, nous-même nous  avons fait une suggestion hasardeuse quand nous avons abordé Cungy: après avoir donné l'étymologie des dictionnaires, nous avons fait une suggestion " ne pourrait-on pas trouver l'étymologie dans la famille des mots latins cun-". C'était un conditionnel, une suggestion, une piste de recherche, en aucun cas nous ne présentions cette étymologie comme une certitude. Entre temps, nos recherches historiques nous ont fait abandonner cette hypothèse et nous rallier à la définition de E.Nègre.

          Comment affirmer que tel patronyme a été attribué à tel ancêtre  pour  telle raison précise, quand on ignore tout de cet ancêtre éponyme et des circonstances précises dans lesquelles lui a été attribué le  surnom  qui passera à la postérité sous la forme d'un nom de famille ?  
       Comment affirmer que PORCHIER désignait un éleveur de porcs et non pas une personne sale et puante comme un porc ?
       Comment affirmer que GUILLOT est un dérivé de GUILLAUME, un nom d'origine germanique " Willhelm", que GUYOT est un dérivé d'un autre nom de personne d'origine germanique "Wido", alors que les deux patronymes sont employés dans le même article pour désigner une même personne ?
       Certes, nos conclusions sont basées sur une longue pratique de l'onomastique mais il demeure toujours une part d'appréciation personnelle, d'intuition et nous nous garderons bien de toute conclusion péremptoire. Nous nous sommes refusés à définir certains patronymes, soit parce que nos déductions étaient trop fragiles, soit parce que les graphies nous paraissaient incertaines.