Mardon

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Mardon

Les spécialistes (Dauzat, et sa disciple M.-Th.Morlet) font dériver le patronyme d’un nom de baptême. C’est probable, en l’absence d’autres éventualités.

Reste à déterminer ce nom de baptême : Médard, par contraction dans la langue parlée > M(ed)ard– + diminutif -on. Possible. Médard provenant lui-même du germanique Math-hard  la force dans le combat, (cf. Mathilde, pour Dauzat) –  Madahard,respect, révérence (pour Morlet). Cette forme germanique ayant été latinisée en Medardus, lequel nom de baptême a été porté par un saint homme, évêque de Noyon et de Tournai, vers 545.

Ce nom de Médard ne fut jamais en vogue, semble-t-il, du moins dans les campagnes,  car il était fort craint. Le proverbe demeure vivant

S’il pleut à la saint-Médard
y pleuv’ra 40 jours plus tard
A moins que la saint-Barnabé
N’ vienne tout effacer !

On sait la pertinence de ces proverbes, nés de l’observation patiente et continue des paysans. Bien entendu, si l’on retient la date du 8 juin, les rieurs auront beau jeu, mais ils auraient tort : cette date du 8 juin tient au bouleversement du calendrier grégorien (1582). Le proverbe remonte au Moyen Age, la St-Médard était alors fêtée le 20 juin, veille du solstice d’été; le proverbe prend alors tout son sens ! A cette époque les influences astronomiques peuvent amener des perturbations atmosphériques durables: (un été sec ou un été pourri). Ce que d’autres adages, moins connus, viennent confirmer:

S’il pleut à la St-Médard
la récolte diminue d’un quart,
Et s’il pleut à la St-Barnabé
Elle diminue de moitié
…………………………….
Quand le père Médard
ce grand pissard,
vous ouv’ sa gairgaisse,
on tombe dans la détresse
……………………………………
S’il pleut à la St-Médard
Y’aura ni vin, ni lard.

Mardon, dérivé de Médard, possible, plausible – mais pas certain. Médard demeure le grand pissard, et, devenu prénom, n’a jamais fait fortune en Berry: à la différence du toponyme Martin qui peuple nos campagnes, Médard n’a donné qu’un seul toponyme dans tout le Berry , près de Châtillon-sur-Indre, attesté en 1156 de Sancto Medardo.
(cf. Nègre,Toponymie)

Nous savons aujourd’hui que toute recherche étymologique doit s’appuyer, non seulement sur la linguistique, ce qui est une évidence, mais aussi – et c’est indispensable- sur l’histoire locale. Marie-Odile Mérignac nous apprend dans la Nouvelle République du 13 juin 2005 que le patronyme MARDON est typiquement berrichon. Cette affirmation demande à être confirmée: en se référant aux registres de catholicité les plus anciens: où trouve-t-on des Mardon en France? Y a-t-il eu en Berry une foison d’éponymes ou un seul – que nos recherches actuelles situeraient quelque part dans la vallée du Nahon ? Selon ces réponses, pourrait-on rapprocher Mardon de Mardelle un mot du patois berrichon désignant un effondrement de terrain en forme d’entonnoir (dont l’origine intrigue mais n’a jamais reçu de véritable explication), que l’on retrouve dans plus d’une centaine de micro-toponymes, y compris sous la forme de dérivés (ex,Mardillon) Le patronyme désignerait une personne habitant « près de … »; ce type de « patronyme-locatif » étant fréquent.

   Mais on peut également supposer que ce patronyme vienne d’un autre nom de personne (autre que Médard) par aphérèse: Ai-mard, Ha-mard, etc. Une étude plus complète de l’anthroponymie au Moyen Age (Xè-XIIè siècle) en Berry permettrait d’éclaircir ce point particulier. Hypothèse fragile, mais aucune hypothèse ne doit être repoussée.

Nous avons posé le problème…
… à nos fidèles correspondants de poursuivre l’enquête.

Il semblerait bien que la réponse ait été trouvée par notre correspondant
Michel MARDON en personne.       » Il existe, nous dit-il, à Sassay (près de Contres-41) une rue du Mardon; demandant aux gens du village s’il cette dénomination correspondait à un nom de personne, il m’a été répondu que cela correspondait à la mare qui se trouvait au beau milieu du centre du village, et qui était là pour collecter les eaux de pluie et autres, des champs avoisinants ».Cette définition est tout à fait plausible et correspond à l’une des  hypothèses que nous avions émises – en dehors des officieux dictionnaires: Mardon – dérivé de Mardelle – avec valeur diminutive. Passons sur l’expression « les eaux de pluie et autres  » qui en dit long sur l’assainissement en notre Moyen Age ! Ce mardon permettait néanmoins d’assainir le village, probablement construit sur des terres argileuses, et servait d’abreuvoir aux troupeaux rentrant des champs. C’est, bien sûr, la définition que, désormais, nous retiendrons.                                                  Bravo à Michel, notre correspondant, pour sa perspicacité.

Comment le toponyme est-il devenu patronyme ? La réponse demeure du domaine des hypothèses. Nous savons maintenant qu’il n’y eut probablement  qu’un seul éponyme. Ce qui ne veut pas dire que le patronyme soit issu  de Sassay. Ce petit village aux confins de la Sologne et du Berry n’est pas le seul à avoir eu recours à un mardon.
Il faut rappeler que Mardon n’est pas un nom mais un surnom. Le premier d’entre eux, supposons un Michel, devait porter une particule : c’est Michel du mardon (le surnom ne portait pas de majuscule),…. le Michel qui habite près du mardon; ou Michel le mardon, … celui qui est à l’origine du creusement du mardon ou encore,…. celui chargé de son entretien. Peu importe, magnifique patronyme qui permet de maintenir en vie un nom (un substantif, comme dirait un grammairien) devenu archaïque et qui risquait de tomber dans l’oubli.