Zoonymie: le Sanglard

le     Sanglard

Le sanglard – prononcez : san-yar – est tout simplement le nom donné, dans le sud-Touraine, en  Berry,  (et peut-être dans d’autres régions ), à la grande couleuvre vert et jaune: la couleuvre Hierophis viridiflavus*. Sa taille, elle peut atteindre 2 m., et sa force lui permettent de chasser tous les autres reptiles de son territoire, d’où le dicton :    pas de vipère là où niche le [san-yar]. Totalement inoffensive pour l’homme, elle est à la fois redoutée (serpent) et admirée (taille et couleur). Dans certaines régions, le sanglard est connu sous le nom de fouet.

Sangle et fouet ont la même origine métaphorique. Sangle,  à l’origine (cengle),du latin cingula (que l’on retrouve dans le verbe ceindre) est une lanière de cuir que l’on utilise (entre autres) pour sangler la selle d’un cheval. Le mot sangle, (serpent), est attesté au XVIème siècle, chez Rabelais. Littré le cite dans son dictionnaire comme le nom vulgaire de cette couleuvre originaire de Charente et de Loire-Atlantique. Le mot a disparu des dictionnaires contemporains; curieusement, DAVEAU l’ignore dans son « Vieux parler tourangeau ». Toutefois, il est présent dans le Dictionnaire du français régional de Touraine de Simon et Simoni-Aurembou, sous  la forme « sangard – saniard », avec une définition discutable: couleuvre d’Esculape, couleuvre à collier.
Sangle, féminin, s’est enrichi au cours des siècles du suffixe -ard, qui a masculinisé le nom en lui donnant plus d’intensité. ( Le suffixe -ard , dans ce cas présent, a plus  une valeur intensive qu’une valeur dépréciative ). On peut rapprocher les deux constructions:    une sangle – un sanglard   ,   une buse – un busard.
L’étymologie s’étant perdue et le groupe consonantique [gl] suivi d’une voyelle entravée [a+r] étant particulièrement difficile à prononcer, par relâchement phonétique [gl] s’est transformé en yod : san-y-ard.

nous remercions notre cousin, M.Georges Roux, maître de conférences, de cette précision.