terrier prieuré de rouvres

 

1479 – terrier du prieuré Sainte-Miroflète
Rouvres-les-Bois
(36)
Pas plus que le  partage des biens de Pierre de Graçay, le terrier de Rouvres n’est un document de 1ère main. L’original, terminé le 1er septembre 1479, a été établi à la demande du prieur de Sainte-Miroflette de Rouvres, frère Pierre d’Amboise, abbé de St.-Puin, de Marnes et de Ferrières-en-Gatinais  près de Montargis (Loiret). Il était conservé au « Trésor de Levroux ». La collation de ce parchemin a été achevée le 19 avril 1672. C’est une copie sur papier (106 feuillets 30×40) parfaitement calligraphiée, ce qui supprime les doutes et les hésitations que pouvait faire naître la lecture de la succession de Pierre de Graçay, sans toutefois nous assurer que la graphie est celle de l’original, les noms ayant pu être « corrigés » par le copiste du XVIIè.siècle. Inversement, si la datation de l’acte précédent était précise, celle du terrier de Rouvres l’est beaucoup moins puisque ce terrier s’appuie sur des actes rédigés par des notaires à des époques parfois fort éloignées les unes des autres et dont voici le tableau (nous avons volontairement écarté les actes notariés postérieurs, les réservant pour une étude du XVIème siècle)
1390 Jean Poilly Issoudun 1452 Huguet Jordin Levroux
1390 Estienne Regnault Levroux 1458 Georgin Sabart Levroux
1408 Jean Jagaux Levroux 1460 André Pichart Levroux
1410 Pierre Raymond Issoudun 1461 Ardouin Quenois Levroux
1427 Simonet Fradet Levroux 1462 Georges Sabart Issoudun
1444 Angelot de la Guete Vatan 1462 Jean Meignan Vatan
1447 Jean Beaudoulx Levroux 1473 Hugues Jourdrin Levroux
1449 Estienne Megret Levroux 1475 Georges Sabart Levroux


L’authentification des parcelles par des actes notariés  confirme l’amélioration du statut social des paysans que nous avions observée dans le terrier précédent. La nature même du terrier s’en trouve profondément modifiée.
La succession de Pierre de Graçay consiste avant tout en une simple table permettant de fixer les redevances et d’en favoriser la perception;  à chaque tenure, chesal, grange, vigne,etc.: un contribuable (ou ses hoirs) … il est probable que les paysans ne montraient pas un zèle empressé à reconnaître les redevances dues à leur seigneur ! L’énumération demeure succincte, ex :

     « Item, Macé moreau, à cause d’une grange qu’il tient assise à Fourches, de rente  chacun an à ladite feste (St.Michel) un sextier froment conduit comme dessus. »
« Item les hoirs de feu Jean bonnet de Monvrier, à cause d’une vigne assise près dudit lieu doivent chacun an à ladite feste, quatre boisseaux froment conduits comme dessus »
« Item Jeanne souchière, à cause de certains héritages audit lieu de Brives, qu’elle tient, doit de rente une quarte froment… »

      Tout autre se présente le terrier de Rouvres. Certes il est établi par un homme de loi : Jean de Tourelle, cependant « le commissaire du roi, licencié en lois » n’est pas seul, il est accompagné par le maire et les conseillers du village qui, plantant des croix, procèdent au bornage du prieuré. Ce n’est plus le chef de famille mais toute la famille (y compris les enfants) qui est consignée sur le registre et on pressent l’intention de chacun de ne rien oublier. C’est que les conditions ont changé. En acquittant une redevance au prieur de Rouvres, le paysan reconnaît que la terre ne lui appartient pas, qu’elle appartient au prieuré, mais inversement le prieur renonçant au faire valoir direct, (ou indirect par le biais d’un intendant), reconnaît le statut juridique de son fermier, il lui remet en main propre un bien dont il aura la pleine jouissance et qu’il pourra à son gré vendre ou donner en héritage. Certes, le paysan  n’est pas propriétaire, mais il est détenteur de la « ferme » dont il acquitte le « fermage » et libre de faire valoir ses terres à sa guise ; en devenant héréditaire et (à certaines conditions) permanente, la tenure correspond à un titre de propriété. Dans cette deuxième moitié du XVème siècle, les désastres de la guerre de Cent Ans s’éloignant, les terres « vacques » sont bonnes à prendre, les tenures redeviennent prospères. Conscients de la chance qui leur est offerte, les paysans vont s’organiser en simples fratries ou en « personneries » plus élaborées. Ces regroupements familiaux sont nettement perceptibles dans le terrier de Rouvres.

 D’où…cet empressement à bien figurer sur le terrier qui fera foi. A une époque où n’existe encore aucun registre de catholicité, un tel document est une source patronymique exceptionnelle. Comparé à la sécheresse des item de la succession des de Graçay, chacun de ces articles, comme celui de la Chippaudière[cf.note] que nous prenons en exemple, est d’une grande précision :

 «  Jehannin chippault aagé de soixante ans ou environ, marié avec Perrinet fille de feu Guillaume pelletier en son vivant demeurant à Valençay duquel mariage  y a une fille mariée a Jean hureau en la paroisse de bouge et a la dite fille quatre enffans, C’est a savoir Jeanne, Matheline, Guillaume et Guillemette, »etc.

Nous pouvons ainsi reconstituer en partie la généalogie des habitants du prieuré de Rouvres. A l’énumération des personnes, fait suite la désignation des biens avec tout autant de précision :

« Desquels frères et chacun d’eux après les commandements à eux faits et le serment de dire vrai, Ont connu et confessé que eux, leursdites femmes et enffans dessusdits sont hommes et femmes mortaillables dudit seigneur impétrant à cause de sondit Prieuré de Rouvre, et qu’ils tiennent de luy en communauté les héritages quy s’ensuivent, C’est à savoir un Chezal assis audit lieu de la Chippaudière Contenant huit boisselées de terre ou environ jouxtant d’une part à la terre de Jehannin Chippault, et d’autre part à une vigne appartenant aux dessusdits frères, et d’autre part à la terre desdits Denis et Philippon, Auquel chezal a plusieurs maisons et granges et sur lequel est deub audit seigneur impétrant un septier d’avoine de rente chacun an a chacune feste de saincte Miroflette Dont les dessus frères sont tenus pour la moitié et Sulpiron et Jean chippault du plessis l’autre moitié pour ce qu’ils détiennent et occupent une partie dudit Chezal, »etc.

Sont également présentés avec Mre.Geoffroy grollart, « pbrestre », procureur de l’abbé, les principaux habitants du prieuré, représentant probablement le Conseil du village où nous  trouvons, ce qui est pour le moins inattendu,  deux femmes :

Macé godefroy, Michau guillot, Guillemette boucaude, Estienne chastrefou, Jean laurent, Denis Thomas, Macée courrant, Laurent ferraigu, Jean chippault, Jean moreau, Guillaume darnault.

Le prieuré s’étendant en partie sur la paroisse de Buxeuil, nous connaissons également les principaux tenanciers représentant les habitants de ce village : 

Guillaume girard, Laurent audion, Pierre baudichon, Pion toulangat, Jean doré, Macé turlin, Louis guillegaud, Simon guillegaud, André le clerc,  Guillaume contelifaut.

Suivent les « bans » des différents « villages » constituant la paroisse. Nous les présentons par ordre alphabétique en regroupant les membres des principales familles.
Nous conservons la graphie du document, le nom – considéré comme « propre » – précédé d’une majuscule, le surnom – considéré comme « commun » – précédé d’une minuscule.

note : Pour confirmer leurs « héritages », les tenanciers – du moins les plus riches et les plus entreprenants d’entre eux, généralement laboureurs –  vont, par le biais des notaires désigner leurs terres en ajoutant à leur propre patronyme le suffixe latin /-aria/ (indication d’appartenance), suffixe qui va évoluer phonétiquement en /-ière/. Le toponyme ainsi créé (Chippaudière) montre que le groupe consonantique final /-lt/ survivance de l’étymon germanique est devenu caduque, le patronyme devrait s’écrire : Chippaud. A la fin du siècle et au début du XVIè, ces prises de possession vont se poursuivre. Ainsi dans la paroisse voisine de Poulaines, des terres achetées par Moreau vont prendre le nom de « champs Moreau », ces terres ayant été vendues à Louis Rioland, ce dernier y fit construire des bâtiments d’exploitation qui prendront le nom de  Rioland-erie (la graphie n’ayant pas eu le temps d’évoluer phonétiquement avant sa fixation au XVIIème siècle). Par la suite la langue vernaculaire l’emportant sur le latin dans les actes notariés, les patronymes deviendront toponymes sans suffixation: « les Idereaux », « les Audions », le « moulin Bailly ».

    Le terrier se présente sous la forme d’un cahier au format 30×45 de 107 feuillets /214 pages. (Nous avons délaissé les 15 derniers feuillets qui sont des ajouts au document initial  et datent du XVIème s. Nous reprendrons ces données dans une étude ultérieure consacrée à ce siècle.)
   Nous avons tenté de relever l’identité d’un maximum de personnes; le prieuré de Miroflète,  bien que situé pour la plus grande partie à Rouvres-les-bois, ne se confond pas avec la paroisse, certaines tenures sont situées à Buxeuil, Poulaines, Bouges, nous avons indiqué 
– à chaque fois que cela était possible – l’origine géographique des personnes, notamment les « praticiens » (notaires, prévôts, sergents), qui ne dépendaient pas directement du prieur. Nous avons noté  en caractères gras italiques ex: Guillaume DARNAULT les « manans et habitans de ladite paroisse de Rouvres faisant et représentant la plus grande et saine partie d’iceux habitans » et en bistre les habitants formant « le conseil  du village » de Rouvres et celui de Buxeuil.

la mention (G) renvoie au dictionnaire d’Ancien Français de Godefroy      (J) au glossaire du centre de la France de Jaubert      (M) au dictionnaire étymologique des noms de famille de  Marie-Thérèse Morlet      (R) au dictionnaire historiquede la langue française d’Alain Rey

Liste nominative des personnes citées  dans le terrier de Rouvres
NOM = Prénom SURNOM = Patronyme enfants mineurs conjoint (e) observations
Martin Alain    (+)
Jeanne Alain Antoine Le Clerc fille de Martin
Pierre d’Amboise abbé de StPuin,  Marnes,  Ferrières
prieur du prieuré de Rouvres
Etienne Amoureux Catherine Thomasse Malier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guyon CHIPPAULT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rouvres


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