Rouy

Rouy

  Comme beaucoup de patronymes qui paraissent simples [ Rouï ] n’échappe pas à la règle et n’est pas sans poser de problèmes . Nous ne voyons pas d’autre origine que le verbe « rouir » au présent, celui qui rouit, ou au participe passé, qui a roui, ce même participe passé pouvant être substantivé: le roui, au sens du rouissage. Le rouissage est une opération qui consiste à laisser macérer des plantes textiles, comme le chanvre et le lin, afin de dissoudre les matières gommo-résineuses et de libérer les fibres qui les composent. Et nous savons que la culture du lin et du chanvre était importante au Moyen Age, dans cette partie du Berry. Le roui désigne donc une activité manuelle et le patronyme a été donné à un artisan que cette activité distinguait dans la communauté villageoise, au même titre que [Tessier], [Tissier], [Tisserand].

Le premier problème est d’ordre linguistique. Pour Rey et le Dictionnaire historique de la langue française, le verbe rouir appartient à une racine germanique que l’on retrouve dans l’anglais to rot = pourrir, se putrifier. D’abord ropir, au XIIIème siècle, rouir et ses dérivés apparaissent au XVIème siècle (1552). Or, Louis Rouï vivait au XIVème siècle et il est peu probable qu’il ait été l’ancêtre éponyme. Il faut donc admettre que le verbe était entré dans le langage courant, dans ce nord-Berry de la région de Valençay, au moins deux siècles avant la date retenue par le dictionnaire.

Le second problème touche au statut de Louis Rouy. Car ce patronyme a une connotation bien roturière et Louis Rouy, qui avait épousé Jeanne Bellone, était seigneur de Menetou-sur-Nahon. Or les nobles étaient des militaires et auraient dérogé s’ils avaient exercé une activité manuelle. ( Il faut évidemment nuancer ce qui était la théorie et ce que fut la pratique : nous avons trouvé à Poulaines un noble, François de Barathon, seigneur de la Michenne, qui dut faire amende honorable dans l’église paroissiale, car il avait été surpris à voler – nuitamment – des gerbes de blé dans la grange de son voisin ! ) La réponse est dans l’origine noble des Rouy – ce que pour l’heure nous ignorons. Il est probable que la noblesse des de Rouy était récente et que le patronyme leur avait été attribué bien avant.

Par contre, ce qui est certain, ce sont les rapports étroits que les Rouy entretenaient avec le rouissage ! En effet, c’est Louis Rouy, seigneur de Menetou et de Pequignon, qui, à une date que nous ignorons mais qui devait se situer entre 1385 et 1395, acheta à Pierre de Velors, probablement pour son fils Jehan, la terre noble de Châteauvieux. A cette époque, la terre était nue : l’antique château qui avait donné son nom à la paroisse avait été rasé par le comte de Montrésor, à la suite des troubles provoqués par les « Anglais » au début de la guerre de Cent Ans. Or, que fait Louis Rouy, devenu par cette acquisition seigneur de Châteauvieux ? Il reconstruit. Non pas un château, plutôt une gentilhommière, avec, à l’étage les chambres, au rez-de-chaussée la salle de réception et les communs, et au sous-sol … un rouissoir ! et une tissanderie ! Voilà qui est bien singulier dans un château, quand on pense à l’insalubrité et aux nuisances de toutes sortes, notamment olfactives.

Le patronyme se trouve ainsi justifié et révèle peut-être l’activité première de Châteauvieux, sans que nous puissions répondre à la question :

Louis Rouy a-t-il acquis la terre de Châteauvieux pour y installer une activité de rouissage parce que les tisserands y étaient nombreux ?
ou bien,
Les tisserands sont-ils venus en nombre s’installer à Châteauvieux car ils y trouvaient la matière première, fournie par le seigneur du lieu ?

 
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