L’anthroponymie

l’anthroponymie
« Un peu avant ou un peu après 1100, il est devenu d’usage, dans les territoires qui constituent actuellement la France et sans doute assez largement en Europe occidentale, de désigner dans les chartes les individus par deux noms, un nomen proprium suivi d’un cognomen, cognomen qui se stabilise peu à peu en un patronyme« 
( Monique BOURIN, in Genèse médiévale de l’anthro-ponymie moderne, Université de Tours, 1992, p.1
 un système à un ou plusieurs noms

 Ce n’est qu’au XIIème s. que l’usage du double nom commença à s’imposer. Auparavant, sur les ruines de la civilisation gallo-romaine, les Germains avaient imposé  leur système de désignation des individus: un  nom unique  et sans  caractère héréditaire. Certes, les noms véhiculés par la tradition latine, qu’ils soient profanes ou bibliques (vetero- ou neo- testamentaires) ne disparurent pas complètement et la christianisation les sauva de l’oubli, mais dans leur grande majorité, ces noms, attribués à nos lointains ancêtres, étaient empruntés aux dialectes germaniques; dialectes  uniquement parlés (le latin demeurant la langue écrite), et probablement fort éloignés de leur origine sous l’effet du substrat celto-romain. Ce n’est que peu à peu que s’imposa l’usage d’un surnom ajouté au nom propre. Les études récentes montrent qu’au milieu du XIIème siècle le pourcentage des individus désignés par un seul nom ou par deux noms était à égalité. Encore faut-il préciser que cette pratique n’était pas générale, qu’elle variait selon les régions et selon le statut de l’individu: les clercs conservèrent longtemps l’usage d’un seul nom, sacralisé par le baptême, et les femmes durent attendre la fin de notre Moyen Age pour bénéficier, dans leur quasi totalité, d’un système à deux noms.

 

          Ces considérations et la rencontre de deux documents importants ( le partage de la seigneurie de Pierre de Graçay, daté de 1433, et le terrier du prieuré de Rouvres, daté de 1479) nous ont incité à faire le point dans cette partie du Bas-Berry, située entre Châteauroux et la vallée du Cher. Certes, bien que non négligeable, le stock des noms réunis demeure modeste et l’estimation finale sera forcément statique, mais nous ne désespérons pas de trouver d’autres documents significatifs datés du XIVème siècle.

 Ce n’est qu’au XIIème s. que l’usage du double nom commença à s’imposer. Auparavant, sur les ruines de la civilisation gallo-romaine, les Germains avaient imposé  leur système de désignation des individus: un  nom unique  et sans  caractère héréditaire. Certes, les noms véhiculés par la tradition latine, qu’ils soient profanes ou bibliques (vetero- ou neo- testamentaires) ne disparurent pas complètement et la christianisation les sauva de l’oubli, mais dans leur grande majorité, ces noms, attribués à nos lointains ancêtres, étaient empruntés aux dialectes germaniques; dialectes  uniquement parlés (le latin demeurant la langue écrite), et probablement fort éloignés de leur origine sous l’effet du substrat celto-romain. Ce n’est que peu à peu que s’imposa l’usage d’un surnom ajouté au nom propre. Les études récentes montrent qu’au milieu du XIIème siècle le pourcentage des individus désignés par un seul nom ou par deux noms était à égalité. Encore faut-il préciser que cette pratique n’était pas générale, qu’elle variait selon les régions et selon le statut de l’individu: les clercs conservèrent longtemps l’usage d’un seul nom, sacralisé par le baptême, et les femmes durent attendre la fin de notre Moyen Age pour bénéficier, dans leur quasi totalité, d’un système à deux noms.

 

          Ces considérations et la rencontre de deux documents importants ( le partage de la seigneurie de Pierre de Graçay, daté de 1433, et le terrier du prieuré de Rouvres, daté de 1479) nous ont incité à faire le point dans cette partie du Bas-Berry, située entre Châteauroux et la vallée du Cher. Certes, bien que non négligeable, le stock des noms réunis demeure modeste et l’estimation finale sera forcément statique, mais nous ne désespérons pas de trouver d’autres documents significatifs datés du XIVème siècle qui nous permettront alors une ébauche d’évaluation dynamique. Notre projet est double, il portera sur le système de désignation mais aussi sur la nature et la fréquence des noms (devenus prénoms) et des surnoms (devenus noms de famille). Avant d’aborder cette étude, et afin de tenter de mieux comprendre le passage d’un système à nom unique à celui d’un système à deux noms, il nous est apparu important de nous interroger sur la fonction même du nom.

fonctions du nom

 Pourquoi un nom ? la question peut paraître simpliste et la réponse tout autant: ce qui n’est pas nommé, n’existe pas, comme le soulignait au VIIème siècle Isidore de Séville dans ses Etymologies. Toutefois, on peut se demander pourquoi nos ancêtres n’ont pas adopté pour désigner leurs enfants la numérotation: 01, 02, 03, etc. le procédé qui consiste à ordonner ses enfants s’apparente à ce système: l’aîné, le cadet.. les puinés.. puis, marquant la fin de l’énumération : le benjamin. En combinant avec un féminin, on peut ainsi « dénommer » au moins 6 enfants. On perçoit tout le flou du procédé qui demeure possible à l’intérieur d’une cellule familiale mais échappe à tout repère dans une communauté élargie.

La numérotation est beaucoup plus fiable, à tel point que le matricule est devenu  dans nos sociétés modernes le mode de désignation administrative des individus ! Claude Bernard prête à toutes les confusions homonymiques: Claude pouvant aussi bien  désigner un homme  qu’une femme, et le patronyme Bernard  étant largement répandu. Toutefois la notoriété du  physiologiste  tend à effacer de la mémoire tous les homonymes passés ou (peut-être même) à venir ! A cet égard, l’adoption du matricule pour désigner un individu quelconque,  1900537261012 par exemple, efface toute confusion possible. Et, pour reprendre la terminologie des linguistes, le matricule « signifiant » n’est pas dépourvu de « signifiés », ainsi nous savons que l’individu désigné est du sexe masculin (1), qu’il est né en 19(90), au mois de mai (05), dans le département de l’Indre-et-Loire (37), dans la commune n°(261) et qu’il est arrive au 12ème rang (012) sur le registre des naissances de ladite commune. L’inconvénient du système réside dans l’absolue nécessité pour l’individu … d’être inscrit sur un registre des naissances !

  Mais la faiblesse du système est ailleurs, et toutes les victimes des régimes concentrationnaires qui sont revenues avec le tatouage d’un matricule le savent bien: le matricule dépersonnalise l’individu et la personne ne peut supporter de n’être qu’un numéro. Non seulement le nom attribué à la naissance a pour finalité de « désigner » l’individu, mais il doit être porteur d’un « affect ». Ainsi, en nommant leur enfant Arnault, nos ancêtres empruntaient-ils à la langue germanique l’image d’un aigle qui allait gouverner ses semblables ! en l’appelant Archambault, ils voyaient dans leur fils une personne qui allait se montrer sincère dans ses sentiments et audacieuse dans ses actions! Le choix du nom traduit l’ambition de ceux qui l’attribuent, mais échappe de toute évidence à celui qui en est porteur. Toutefois,  même si la valeur sémantique peut apparaître forte, (on verra au cours des siècles certaines  personnes, mécontentes de leur nom, en changer),  il ne faut évidemment pas se méprendre, s’il existait – même dans cette période du Haut Moyen Age – des esprits éclairés pour s’interroger sur l’étymologie de leur nom, la quasi totalité ignorait la notion même d’étymologie ! il est évident que le signifiant devait l’emporter sur le signifié, le choix du nom pouvait être guidé par la proximité d’une personne connue, aimée, respectée, par un effet de mode, ou, tout simplement, par sa musicalité.

Ainsi l’accroissement démographique, le développement du droit écrit,  généralement évoqués et à juste titre,  ne sont pas les seules causes du glissement d’un système uninominal à un système à deux noms. L’adjonction d’un surnom n’a pas été décrétée par quelque autorité laïque ou ecclésiastique; c’est la coutume  qui, lentement, au cours des siècles, a imposé l’usage d’un surnom qui, ainsi, allait redonner un sens, une valeur à un nom propre qui n’en avait plus. La rareté des documents écrits sous les dynasties mérovingiennes et carolingiennes ne permet pas une approche rigoureuse mais nous pouvons du moins observer la désignation des rois de France à partir des chartes et des diplômes conservés. De Clovis (Vème s.) à Dagobert III (début du VIIIème s.), les rois ne portent qu’un seul nom. Childéric II est dit Daniel, Thierry IV est dit de Chelles, mais c’est au VIIIème siècle avec Charles martel  que va être consacrée la dénomination à deux noms: Pépin le bref, (714-768), Charles magne (742-814), Louis le débonnaire (v.778-840), Charles le chauve (823-877), Louis le bègue (846-879) Charles le gros (832-888), etc.  Sont ainsi évoquées des caractéristiques physiques,  bref (= petit, courtaud), chauve, bègue, gros  ou morales, (débonnaire), des capacités, martel (qui dans les combats est habile à manier le marteau), quant à magnus, il pouvait tout aussi bien qualifier Carolus de grand par la taille et grand par le règne.  Ces surnoms royaux appellent trois remarques:

  –  ils ne sont pas donnés à la naissance mais acquis au cours de la vie, parfois même post mortem, ils définissent une qualité réelle de l’individu et non pas le voeu pieux exprimé par les donneurs du nom propre : parents géniteurs ou parrains, marraines;

–  par ce fait même, ils ne peuvent pas être héréditaires;

 – le nom propre, donné oralement à la naissance est emprunté le plus souvent aux dialectes germaniques, (Clovis et Louis ont la même origine /hlodo/ gloire + /wig/ combat): le surnom est emprunté à la langue écrite: le latin, (d’où la latinisation d’un grand nombre de noms d’origine germanique).

            Le processus se diffusant du haut de l’échelle sociale vers le bas, on peut penser que  les comtes imitèrent le roi. L’ascendance des comtes d’Anjou peut nous servir d’exemple. Jusqu’au VIIIème siècle, l’influence latine est encore présente : Lucius Torquatus (760-820) et Torquat (790-860). Au IXème siècle l’origine germanique du nom propre  traduit peut-être un rapprochement avec le pouvoir : Tertulf (820-870) Ingelger (850-888). Le  système à deux noms n’apparaît qu’au Xème siècle: Foulque le roux (878-942), Foulque le bon (910-958), Geoffroy grisegonelle (940-987), Foulque nerra (970-1040) ; suivront Geoffroy martel, Foulque le réchin,etc. On peut remarquer que le nom propre (notre prénom) tend à être repris au fil des générations (Foulque), comme l’affirmation d’une appartenance à une famille donnée, alors que le surnom (notre nom de famille) désigne dans l’échelle un individu bien particulier et un seul. Dans cet exemple les surnoms appartiennent aux mêmes registres sémantiques que ceux des rois. Bientôt d’autres surnoms vont apparaître affirmant la possession d’un fief et/ou d’une seigneurie. Ce point est important car le fils succédant au père conservera cette marque d’appartenance et pour peu que le fief demeure plusieurs générations de suite, le surnom tendra à devenir héréditaire, le système s’inversera et c’est le nom propre qui distinguera par exemple tous les de Graçay entre eux.

                 Ces quelques considérations n’ont d’autre but que de montrer que la dénomination n’est pas le résultat d’un système préétabli et imposé, mais qu’elle s’est développée lentement, en variant ses modes; nous pouvons maintenant poser la question de savoir si à la fin du Moyen-Age, c’est-à-dire six à sept cents ans après Charles martel, nos ancêtres du Berry avaient bien tous adopté un système à deux noms et nous nous interrogerons également  sur la nature de ces deux noms. 

retour onomastique