la Patronymie

Patronymie

Qu’est-ce qu’un patronyme ?

C’est un mot attribué à une famille pour la distinguer des autres familles composant un groupe social. Quand ce mot est hérité du père, il est dit : patronyme (du latin : pater = le père), quand il est hérité de la mère, il est dit : matronyme (du latin mater : la mère).

Le patronyme , à lui seul, ne permet pas de distinguer un individu d’un autre à l’intérieur d’une même famille, d’où l’adjonction d’un pré-nom. Il n’est pas sans intérêt de connaître les différents systèmes anthroponymiques qui ont précédé le nôtre, dans la mesure où les différents systèmes s’éclairent entre eux.

Ainsi les Romains, qui, pour leur précision, mériteraient la palme des généalogistes, portaient 3 noms :
un praenomen + un nomen gentilicium + un cognomen
ex :                              CAÏUS                   JULIUS                     CAESAR

Au centre: le « gentilice » correspond sur notre arbre généalogique, à notre lignée – César appartenait à la grande famille des JULES, dont l’origine remontait à la plus haute époque, puisqu’elle descendait de IULE, le fils d’Enée, le prince troyen.

En troisième lieu : le « cognomen » (surnom) correspond sur notre arbre généalogique à notre branche – cette branche des Julius était ainsi appelée parce que l’un des ancêtres vers 250 av.J.C. avait tué un éléphant au cours des guerres puniques. ( En carthaginois, éléphant se dit caesar ). A ce niveau ( gentilice + surnom ) il y avait de nombreux Jules César !

Aussi, comme on le fait aujourd’hui, chaque individu était distingué par un  » pré-nom  » au cours d’une cérémonie similaire mais bien antérieure au baptême des chrétiens : la purification. Le 9ème jour pour les garçons, le 8ème pour les filles, on passait autour du cou de l’enfant une « bulla », sorte de bijou en or, renfermant une amulette destinée à le protéger. Ainsi, il n’ y avait plus qu’un seul Caïus – Julius – César. Enfin …. pas tout-à-fait, car Caïus, comme la plupart des ainés de son temps, portait le prénom de son père qui lui-même portait… etc. Il y avait donc trois Caïus Julius César, le grand-père, le père, le fils ! 
( Cette pratique , qui consiste à attribuer à l’aîné le nom du père, a perduré bien après les Romains: les Rioland connaîtront à leur tour des séries interminables de Louis, à l’instar des rois de France, etc) 

En 52 av.J.C. Caïus Julius Caesar battit Vercingétorix et conquit la Gaule.

Face au système latin à trois noms, les Gaulois ne portaient qu’un nom, parfois deux, mais très rarement. Et, surtout, ces noms n’étaient pas héréditaires, c’étaient  stricto sensu  des noms  –  propres à chaque individu :   de simples épithètes ( le Gros – le Vieux ), ou des noms composés, ex : Vercingétorix  ver- (élément superlatif : très, le plus ) cinget- (nom désignant les guerriers, les combattants) -rix ( désigne le roi, le chef).
                 Vercingétorix = le roi, chef des guerriers les plus valeureux.

La langue des Celtes, faut-il le rappeler, était parlée mais n’était pas écrite. ( Les Druides maîtrisaient parfaitement l’écriture mais ils utilisaient le plus souvent, pour cet usage, le Grec.) Face à la culture romaine, brillante, la culture Celte s’effaça rapidement et les Gaulois latinisèrent rapidement leurs noms. Il y eut bien sûr des nuances régionales, le latin, s’imposant plus rapidement et plus complètement dans le sud de la France , donna naissance aux dialectes d’ocles dialectes d’oïldominant au nord .[latin- hoc, c’est cela] > oc > oïl >oui

Vème – VIème siècle : les Grandes Invasions – nouveau bouleversement

               Wisigoths, Burgondes, Alamans, Saxons, et surtout Francs déferlent sur la Gaule romanisée. Certes, il ne faut pas imaginer ces envahisseurs comme des armées de guerriers ( à l’exception des Huns qui, eux, furent repoussés), mais plutôt comme des nomades qui suivaient les grands axes de pénétration, à la recherche de terres, avec chariots, femmes, enfants et bétail. Une nouvelle fois, la culture des envahisseurs va l’emporter et c’est le retour au nom unique, d’origine germanique, cette fois. Ce nom unique donné à la naissance va prendre une signification toute particulière, car à partir du IIIème siècle le christianisme va se répandre rapidement et l’enfant – par son baptême – va être placé sous la protection d’un saint ou d’une sainte dont il portera le nom … et non pas le pré-nom ! – ce qu’il ne deviendra que beaucoup plus tard – puisque ce nom est unique !
             Il est évident que les évangélistes (Jean, Luc, Marc, Matthieu, Pierre – et, à un autre titre, Paul) auront une cote élevée, comme on dirait aujourd’hui.  Mais ce ne sont pas les seuls, des saints locaux vont s’illustrer dans leurs régions respectives, en Berry nous pensons à Martin et à Solange.  Et comme, parallèlement, les noms germaniques vont peu à peu envahir le territoire, l’onomastique franque va supplanter en grande partie les noms d’origine celte, romaine et biblique. Encore faut-il souligner que ces noms d’origine germanique étaient transmis oralement, mais, transcrits à l’écrit en langue latine ! ce qui posait bien des problèmes, quand certaines sonorités étaient inconnues, d’où des transcriptions qui éloignaient d’autant le signifiant du signifié.
Aussi est-il peu probable que l’étymologie de ces noms « barbares » (stricto sensu) ait été ressentie par ceux qui les portaient. Prenons l’exemple d’un nom de baptême très répandu : Lambert. Son origine est germanique. Pour Dauzat comme pour Morlet, il serait composé de[land- pays ] et de [berht- brillant, illustre, comme dans Berthe
Il s’agit là, bien entendu, de spéculations de linguistes d’aujourd’hui, spéculations qui n’étaient pas perçues par nos ancêtres analphabètes. Il est beaucoup plus probable que ce nom de baptême se répandit au moyen des récits hagiographiques chantant les louanges du saint évêque de Maëstricht, Lambert, assassiné en 696.

Le système du nom (de baptême) unique ne pouvait pas perdurer. Il se heurtait d’autant plus aux homonymies que le registre des saints – qui servait de référence ( sans être une obligation, il ne le sera qu’au concile de Trente… en 1563 !)- était réduit. Les rois furent les premiers à revenir à la pratique du surnom, signe – par cette particularité – d’un ancrage dans l’Histoire !
Pépin d’Héristal (+ 714) (origine géographique = Herstal, près de Liège en Belgique)

                Charles Martel  (+ 741)  (détail anecdotique = le marteau dont il se servait dans les combats)
                Pépin le Bref – Charlemagne Carolus Magnus ! – Louis le Débonnaire etc.
A cette époque, le surnom demeure la propriété d’un individu, et d’un seul, il n’est pas héréditaire. la pratique va se répandre peu à peu parmi les laïcs, en tout premier lieu dans la noblesse par imitation (Foulque Nerra (le Noir) ). Le clergé restera dans l’ensemble fidèle à l’unique nom de baptême : frère Jacques – soeur Térèsa. Et ce n’est qu’au XIIIème siècle que le sur-nom deviendra un nom de famille héréditaire. Encore faut-il préciser qu’il ne s’agit pas d’un automatisme, mais d’un procédé utilisé en cas d’homonymie pour éviter les confusions. Cette pratique deviendra obligatoire, mais son usage sera lent à s’imposer, il faudra que François 1er le rappelle dans son édit de Villers-Cotterêts (1539):  peu à peu  ceux qui n’avaient qu’un prénom l’adoptèrent comme nom de famille. 
             La première démarche du généalogiste serait de rechercher  l’ancêtre éponyme. Malheureusement les documents ne le permettent que très rarement ( en dehors des registres de la noblesse)  

L’origine des patronymes est bien connue des généalogistes, il nous semble toutefois important d’insister sur certains faits linguistiques.
           La duplication du nom de famille a commencé à se répandre dans le midi, avant de gagner le nord ; on peut supposer que  l’influence de la culture latine ne s’était jamais réellement effacée et que les langues germaniques n’étaient plus comprises. Toutefois, cette pratique sera très variable dans le temps ( certains paysans du Jura n’avaient pas encore de nom de famille en 1789 ! ) et selon les régions. Il est donc important de cerner l’origine du patronyme : appartient-il à un lexique  » national  » (Rioland) ou à un lexique  » régional  » (Renevier) ?

           Le patronyme, transmis oralement, était transcrit sur les actes en latin, un latin vulgaire souvent éloigné du latin classique. Hugues, par exemple, est d’origine germanique ( Hug = intelligence ). Les clercs vont lui donner une forme latine suivant la déclinaison : Hugo au nominatif,  Hugon(em) à l’accusatif. Nous avons donc trois formes à l’origine : Hug, = Hue   Hugo (cas sujet)  Hugon (cas complément). A partir de ces trois racines, les formes iront en se multipliant pour donner un grand nombre de dérivés.
Les premières duplications vont indiquer la filiation. Ex : Claudius filius Petrus, puis par simplification le génitif remplace filius, d’où Claudius Petri, ce qui reviendrait aujourd’hui à Claude PIERRE.
Va ensuite apparaître  la mention d’un nom de lieu : usage répandu dans la noblesse pour indiquer une possession. Mais pas seulement, ainsi Foulque de Valentiaco ne signifie pas forcément que ce Foulque possède les terres de Valençay, mais plus simplement qu’il est natif de Valençay,  la nuance est importante !

   
Les sobriquets méritent une mention spéciale. Il semble bien que les sobriquets aient toujours existé et que, depuis la nuit des temps, tel ou tel individu pouvait être désigné dans sa communauté d’origine,  par une particularité qui le distinguait des autres : le bossu, le roux etc. Le surnom va  apparaître dans les textes les plus anciens pour éviter une confusion possible : X qui vocatur Y (X qui est appelé Y), ou qui cognominatur (qui est surnommé), quem vocant ( que l’on appelle ); peu à peu la formule sera plus simplement exprimée  X vel Y (ou bien) X, dictus Y (dit) etc. Dans tous les cas, le nom  » officiel » en quelque sorte demeure le nom de baptême, le surnom n’intervient que ponctuellement et n’est pas forcément repris dans un acte postérieur. Peu à peu, le nom de baptême et le surnom vont se trouver juxtaposés et par la suite, le nom de baptême sera perçu comme un prénom, le surnom devenant un nom de famille héréditaire.
             L’interprétation de certains  sobriquets demande la plus grande prudence. Elle est souvent impossible car il est précisément impossible de replacer l’ancêtre éponyme dans son contexte historique.  Que peut bien signifier GRADOS ? (cf.article) 
–  
qui a le dos gras ?
–  qui est gras d’os = qui est ossu ?
–  par antiphrase,( = moquerie ) : qui est maigre ?
–  par métaphore = qui n’est pas généreux ?
Cette prudence doit être appliquée aux sobriquets qui – à première vue – pourraient paraître évidents. Ainsi Lepetit pourrait très bien avoir été dénommé ainsi parce qu’il dépassait toute sa communauté d’une tête ! Et la taille n’est peut-être pas le référent : ainsi, lorsque j’étais enfant, les adultes parlant de moi disaient toujours le p’tit, ce qui ne signifiait pas que ma taille était inférieure à la moyenne mais que j’étais le dernier né : 
le p’tit dernier!!
Enfin, nous tenons à insister sur  un fait linguistique majeur, – que nous ne pouvons malheureusement pas quantifier de façon précise, – les noms de baptême, uniques avant l’apparition des surnoms, ont perduré à travers les siècles et constituent aujourd’hui le stock le plus important des noms de famille. Faut-il penser avec Dauzat que cette fixation tient au fait que le nom de baptême était porté de père en fils ? Il suffit de constater les litanies de Louis, de Silvain, etc. dans une même famille pour s’en convaincre. Peut-être, – mais nous ne le pensons pas vraiment. Ce serait plausible si les familles  n’avaient eu qu’un enfant… Nous serions plutôt tenté de penser que les surnoms sont nés de la nécessité  d’éviter toute confusion dans un acte juridique précis. C’est pourquoi le juriste a tout d’abord fait appel à l’origine géographique : microtoponyme  ( du Val, du Bois) nom de cité  ( de Villeneuve, de Bourges ) de province ( Touraine, ou l’adjectif correspondant Tourangeau, Breton quand la personne  se trouvait expatriée ),etc. puis le juriste a cru bon de préciser la nature des biens possédés, ce qui s’est appliqué principalement à la noblesse d’épée ( Aubert (nom de baptême) devenu Aubert du Petit-Thouars  pour la bourgeoisie des villes, rien de plus facile que de désigner tel individu concerné par son métier : Tisserand, Tissier, Tixier  les graphies variant selon le dialecte et la période de fixation. Le sobriquet a été utilisé quand la personne se distinguait par un « trait » caractéristique pertinent (encore faut-il préciser que bien des sobriquets sont restés la propriété d’un seul individu et ne sont passés à la postérité que lorsque la loi a imposé l’hérédité du nom de famille. Et puis, il y a eu la masse des individus qui ont conservé leur nom de baptême parce qu’ aucune nécessité ne s’imposait. Certes, ces noms de baptême se sont différenciés en noms composés, dérivés, hypocoristiques etc. Nous nous proposons de les étudier dans un article que nous consacrerons aux  » prénoms, ex-noms de baptême « .
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