Etude comparative des noms en bas-Berry au XVème siècle

Etude comparative des noms dominants
en Bas-Berrry au XVème siècle

Sont  pris en considération les noms et leurs dérivés, ex : Pierre, Perrin, Perrot,etc.
Les pourcentages sont arrondis à l’unité la plus proche.

noms masculins
Partage de Graçay -1433 Noms Rouvres
1479
Diors  Sauv… Chabris Total
31 36 49 37 Jean 25
9 18 20 15 Guillaume 11
13 10 9 10 Pierre 7
8 8 7 7 Estienne 7
70 % cumulés 50
Si les 4 noms (Jehan-Guillaume-Pierre-Etienne) se partagent à Graçay 70% des individus, le pourcentage encore très élevé à Rouvres ne rassemble plus que 50 % de la population masculine. Le terrier couvrant près d’un siècle, la séparation en trois catégories, comme nous l’avons pratiquée ci-dessus, donne les indications suivantes :

% I II III
nb d’individus 91 324 77
25 JEAN 26 % 25 % 15%
11 GUILLAUME 14% 11% 4%
7 PIERRE 9% 7% 4%
7 ESTIENNE 3% 7% 6%

Le stock des noms étant disproportionné ces résultats ne peuvent avoir qu’une valeur indicative. Toutefois si l’on compare les deux catégories extrêmes (I et II),  il faut admettre que les Estienne se maintiennent, avec même une augmentation sensible, alors que le nombre des Jehan, Guillaume et Pierre connaît une chute importante. Cette indication se trouve confirmée si l’on compare ce tableau à celui de Poulaines à la fin du siècle suivant. Comparaison possible, la paroisse de Poulaines étant contiguë de celles de Rouvres et Buxeuil. (cf. notre étude Poulaines, le registre des naissances 1596-1603-.A.D.36).
Outre le maintien du nombre de Pierre et l’effondrement de celui de Guillaume (du 2ème au 9ème rang), on constate que le nom de Jean est toujours dominant, mais qu’il partage désormais cette prépondérance avec Etienne :

Rouvres 7 Estienne 25 Jean  77 baptisés
Poulaines 24 Estienne 26 Jean 203 baptisés
On constate également, à côté des noms traditionnels,  l’émergence de nouveaux noms de baptême :
René, Silvain, Jacques.

Poulaines  fin XVIème
rang noms T:203
1er Jean 26 13 %
1er René 26 13 %
3ème Etienne 24 12 %
4ème Pierre 19 10 %
5ème Silvain 14 7 %
6ème Jacques 11 5 %
——— ———— ———– ———-
9ème Guillaume 5 2  %

  A Rouvres, en cette fin de XVème siècle, les Silvain commencent à se répandre mais on ne compte encore aucun René ; parmi les noms « jeunes » apparaissent Antoine, Benoist, Claude et Georges, dont le succès sera très mitigé.

           Bien que nous ignorions les noms portés par les aïeules, l’équilibre relatif des stocks mères/filles – 121/98 – permet de discerner les tendances de cette époque : le recul des diminutifs en –ette ( Estiennette-Guillemette-Jacquette-Pasquette-Perrette ) et l’émergence de nouveaux noms : Macée, Martine.

          On peut également s’interroger sur l’éventail des noms, du moins celui des noms masculins. Le rapport entre le nombre des individus et celui des noms indique une ouverture notable de l’éventail des noms portés par les enfants nés dans la seconde moitié du XVè.s. :

Diors Rouvres majeurs Rouvres mineurs
4,9  4,8 2,4

L’observation ne doit pas occulter l’explication des phénomènes. Si les mécanismes d’attribution des noms devenus prénoms à la fin du siècle suivant sont parfaitement maîtrisables grâce aux registres de catholicité
(cf. Poulaines, article précité), l’absence de ces registres nous prive des éléments nécessaires. Du moins pouvons-nous remarquer que les référents politiques, royaux et seigneuriaux, sont pratiquement inexistants : le XIVème s. est bien un siècle de transition. Ruinée par la guerre de Cent Ans la société féodale ne se relèvera plus : les seigneurs locaux ont perdu peu à peu toute autorité sur les paysans, au profit des baillis et autres prévôts, les châteaux plus ou moins démantelés ne protègent plus et le paysan s’éloigne de son seigneur qui, de son côté, considère le paysan comme un simple tenancier dont il tire ses revenus. Par ailleurs, l’Etat monarchique est encore balbutiant, le roi, un prince comme un autre, est encore loin de son peuple.

De la même façon, il ne semble pas que les facteurs religieux locaux et provinciaux aient été prépondérants. En un siècle, une seule fillette portera le nom de la sainte patronne du prieuré de Rouvres. Quant au culte marial, qui va connaître une large extension dès le XIIème siècle, il n’a pas encore atteint cette région du Bas-Berry et ne s’imposera que tardivement; ainsi, à Poulaines, on dénombre  40 Marie à la fin du XVIème siècle (20%), mais, au XVème siècle, le nom de la Vierge ne fait qu’une apparition timide sur les fonts baptismaux, d’abord sous sa forme hypocoristique, Marion  ( Diors : 0 – Sauveterre : 2 – Chabris : 1), puis, à Rouvres,  sous sa forme pure, Marie (2), mais il faudra attendre la fin du siècle. Les Anne, elles, sont totalement absentes.

surnoms  –  patronymes
 Le système anthroponymique à deux noms que nous avions observé à Diors, Sauveterre et Chabris, est définitivement ancré. Si le surnom est encore considéré comme – un nom – commun – avec une minuscule, c’est lui qui prévaut dans les désignations « à un seul nom » : les terres de bonne foy, la maison des boucaults, l’hostel chauvin, les boyns frères, ou, sans complément ni apposition, belot, bertier, etc. Les surnoms semblent définitivement attribués, les « alias », « autrement dit » ont pratiquement disparu. Si  Jean Chippault est « dit, le maire », il s’agit d’un second surnom précisant temporairement une fonction, nous ignorons au demeurant si  ce titre de « major » lui est accordé pour ses responsabilités au sein du «  conseil de village » ou au sein de sa propre « parsonnerie ».

  Quoi qu’il en soit, on peut considérer qu’au XVème siècle, dans cette partie du Berry, le surnom est devenu patronyme, et le nom de baptême n’est plus qu’un pré-nom. Ce détail, qui pourrait paraître anodin – l’affaiblissement du nom de baptême – revêt cependant une importance capitale, car il souligne un pas irréversible vers la laïcisation de la société : le Moyen Age chrétien s’efface devant l’ Humanisme et  les Temps modernes.

           Autre constat, chaque individu étant doté d’un prénom et d’un nom, le stock des patronymes est fixe, la période de créations est close, les éponymes appartiennent au passé.

Les recherches devront désormais porter sur les déformations phoniques et scripturales du patronyme, dont les causes sont multiples : les prononciations patoisantes, l’ignorance des scribes, leur étourderie, les encres fragiles, les méfaits du temps qui passe sur les documents, etc. Ainsi, sur le terrier de Rouvres, nous soupçonnons Semion n’être qu’un avatar de Siméon par inversion vocalique. Un patronyme comme celui de Boin, par exemple, a donné lieu à de nombreuses déformations, parfois fort éloignées de la racine germanique « bod-in », le messager. La diphtongaison d’abord Bo-in > Bohin > Bouin, les cacographies ensuite, les graphèmes |u| et |v| étant très proches Bouin>Bovin ( !), le |u| pris pour un |n| Bouin>Bonin, citons encore l’agglutination du |i| et du |n| donnant un |m|, avatar dont a été victime naguère, lors de la lecture d’un palmarès, l’un de nos amis interpellé par un « Boum » retentissant ! Ce dernier exemple prouvant que les cacographies, malgré le perfectionnement des moyens de reproduction, sont toujours possibles.

Dépister les cacographies mais également rechercher les « migrations » des patronymes. Le tableau ci-joint montre la répartition de ces patronymes et tend à prouver que les « flux migratoires » sont encore faibles au XVème siècle. Il faut toutefois distinguer les patronymes nés de multiples éponymes des patronymes qui se sont répandus par fragmentation familiale

 Les Guillot se retrouvent dans les quatre sites : Sauveterre, Chabris, Diors et Rouvres ; ce patronyme est dérivé, après apocope de la finale, du nom de baptême Guillaume, comme ce nom était largement répandu, il est logique de penser que les éponymes ont été nombreux sans qu’il y ait eu le moindre lien familial entre eux. Il en est ainsi des patronymes nés d’un nom de baptême, Durant, mais aussi Arnaud ( > d’Arnaud > Darnaud, y compris les variantes orthographiques qui existent dans une même fratrie), Laurent, Simon, Jehan ( > Jehannet > Jehannin), Godefroy, etc. Les patronymes issus d’une localisation appartiennent à cette même catégorie, si les du…port sont absents de Diors, ils doivent être nombreux dans la vallée du Cher, plus difficiles à localiser les du..moulin, du..chêne, du..val, etc. Signalons encore, sans pour autant clore la liste, les attributs : un moreau qui qualifiait une peau tannée par la vie au grand air, avait fini par désigner un paysan. Inversement,  des patronymes comme Bouteiller, Dada, Chippault, moins généralistes, sont plus localisés et leur expansion pourra signifier une fragmentation de la fratrie initiale.

          Ces dernières remarques nous permettent de conclure que ce rapide aperçu de l’anthroponymie au XVème siècle demeure superficiel et qu’il nécessitera d’être confirmé, ou infirmé, ou nuancé par des études similaires empruntées, en amont, au XIVème, et en aval, au XVIème siècle

                                                                                                                                                                            Claude Rioland
                                                                                                                                                                                                                    octobre2004

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