Les Rioland – tisserands

les Rioland tisserands et tixiers en toile

            Les Rioland sont nombreux au XVIème siècle, dans la vallée du Nahon, à Valençay-même et dans les villages alentour, mais la mauvaise tenue des registres de catholicité ( larges périodes lacunaires – filiations sommaires…… quand elles sont indiquées !) ne permet pas d’établir des relations certaines. On retrouve les Rioland, le plus souvent, sous l’étiquette de « tixiers en toile » ou de  » laboureurs ». Si l’on admet que les patronymes, dans cette marche du Berry, tenue par les comtes de Blois, ont commencé à être attribués à la fin du XIIème siècle et surtout au XIIIème siècle, et que l’on peut compter – au minimum – trois générations par siècle, on ne peut s’étonner du grand nombre de branches existant à la fin du XVIème siècle, et l’on peut penser qu’elles proviennent toutes d’un seul ancêtre éponyme.

               Nous ignorons l’origine de Léonard. Nous le découvrons sur le registre de Châteauvieux à la naissance de sa fille Julienne et de ses autres enfants. C’est par déduction que nous en faisons le père de Robert, car il n’y avait alors qu’une seule famille Rioland à Châteauvieux. Il est probable que son implantation était récente. Toutefois nous savons qu’il était le fils de Pere (=Pierre) un tixier de Saint-Romain. Quand Lucquette Joignet sera veuve de Robert, c’est à Saint-Romain qu’elle retournera  pour se remarier. La branche aînée, représentée par Marie restera implantée à Saint-Romain sous divers patronymes jusqu’à nos jours. Ce détail n’est pas sans importance, il montre l’importance que les filles avaient dans une famille, contrairement à ce que répandent certains historiens qui généralisent à partir d’observations locales. Sur ce même site, nous avons relevé la composition du « conseil du village de Rouvres-les-Bois » au XVème siècle: 2 femmes en faisaient partie. Nous ignorons la fratrie de Léonard. On peut penser qu’il n’était pas l’aîné et qu’il dût se résoudre  à s’implanter dans une paroisse voisine, distante d’une lieue: Châteauvieux.
L’attraction de Châteauvieux, un village de tisserands, était grande, mais nous ne saurons probablement jamais si cette activité, favorisée par l’abondance du chanvre,  a été introduite par Jean Rouy, ( à qui est due la reconstruction du château, après la guerre de Cent Ans ) ou bien si ce Jean Rouy s’est rendu acquéreur de la seigneurie de Châteauvieux, parce que c’était un village de tisserands !
Les tixiers en toile constituaient de petites entreprises familiales. Selon leur importance, ils employaient un certain nombre de tisserands (ouvriers), que le maître mariait le plus souvent à ses propres filles pour conserver le monopole comme nous avons pu le constater à maintes reprises ! Ce qui est certain c’est que les Bardin, les Veignier, les Rioland constituaient de véritables dynasties de « tixiers en toile » et que, par le jeu des mariages, ces dynasties ont essayé de maintenir leur monopole. Leur production était écoulée auprès des marchands drapiers, qui fixaient les cours et dont on peut penser qu’ils étaient à la fois craints et courtisés. Les manufactures, la mécanisation, vont ruiner ces petites entreprises. Les Rioland n’y échapperont pas.

          Robert et Alexandre semblent avoir connu un âge d’or dans la profession. Leurs signatures attestent un niveau de culture certain. Robert entretenait des relations étroites avec les de Bonnafau seigneurs de Châteauvieux : Marie et Louise de Bonnafau seront marraines respectivement de Marie et de Louis. Ce même Louis semble avoir été destiné à la prêtrise et le curé Dupont fut son parrain, mais le sort en décida autrement et … Mathurine Marion y fut peut-être pour quelque chose ! Louis ne fut que sacristain, mais il eut l’insigne honneur d’être inhumé dans l’église même, ainsi que son fils François, décédé prématurément à l’âge de 20 ans. La présence répétée d’Alexandre au bas des actes (mariages, baptêmes) prouve que sa considération était grande au sein de la communauté villageoise. Sa vie conjugale fut malheureuse puisque Alexandre connut par deux fois le veuvage, mais sa postérité est bien vivante. Outre la branche aînée que nous représentons, 3 cousinages se sont fait connaître depuis l’ouverture de notre site : Madame Renée Lesaulnier , Madame Mauricette Landeroin et Monsieur Alain Fougerouze représentent trois branches indépendantes descendant de cet Alexandre Rioland, tixier en toile, à Châteauvieux.

             Si Alexandre eut une vie conjugale malheureuse, le sort de son fils aîné fut encore plus tragique. Pourtant tout avait bien commencé. Par son mariage avec Françoise Vignier, Louis quittait le giron familial et créait sa propre entreprise dans la paroisse voisine de Villentrois, au lieu-dit La Saussardière. Jusqu’en 1718, tout alla fort bien. La bourgeoisie de Valençay était unie au jeune couple et les enfants se voyaient offrir d’illustres parrains : Messire Lucas, en premier lieu, marchand drapier, évidemment et cousin éloigné, messire Jean-Daniel Mauzay fils d’un docteur en médecine, Claude Durand, autre marchand drapier, et pour marraine, l’épouse de Jean Lelarge maître-chirurgien ! En 1719, l’une de ces terribles épidémies qui ravagèrent le XVIIIème siècle s’abattit sur la Saussardière. Le 15 octobre, le petit Gabriel, 2 ans et 9 mois, décède, le 24, c’est au tour de Jean-Daniel, 4 ans, et de Louis, 8 ans. René sera épargné, pour un temps, il décèdera en 1736, l’année de ses 18 ans. Et comme un malheur n’arrive jamais seul – dit-on – les affaires vont péricliter : les marchands drapiers, pouvant se procurer des toiles à moindre prix auprès des manufactures naissantes, proposent aux malheureux artisans-tixiers des prix qui ne couvrent plus leurs frais, ( les mécanismes économiques sont toujours les mêmes ! ) . Sur les 9 enfants du couple, et peut-être même 10, 4 seulement vont survivre, et les oncles et tantes feront office de parrains et marraines, il n’est plus question d’engager des dépenses de prestige. Louis ne pourra même plus envoyer ses enfants à l’école et la génération suivante retombera dans l’analphabétisme. De nouveau, nous retrouvons au bas des actes « … qui déclare ne scavoir signer ». Françoise a dépassé la quarantaine, et Louis la cinquantaine, quand naît enfin un garçon pour sauver la filiation. Il s’appellera Louis, et sans lui, personnellement, nous ne serions pas là pour consigner cette relation…………  ce Louis apprendra le métier de tisserand, mais les ressources sont insuffisantes et les registres le désignent le plus souvent comme journalier agricole. Cette condition sera celle de son fils qui épousera à la veille de la Révolution une domestique: Marie Güi. Les années noires auront une fin. Nous ignorons par quel cheminement ce Louis, le quatrième du nom, va rencontrer Marie-Madeleine Touchelet et l’épouser, à Nouans-les Fontaines, en Touraine. Cinq lieues séparent les deux localités. C’est le premier déplacement notable dans cette famille. Mais Louis n’ira pas plus loin que … Nouans-les-Fontaines ! Probablement y avait-il été placé très jeune comme vacher, ou comme garçon d’écurie. Quoi qu’il en soit, sitôt marié, il revient à la Saussardière de Villentrois. Et ce Louis, le dernier à porter ce prénom, ( la monarchie ne fait plus recette ! ) devait faire preuve de courage, de ténacité et d’esprit d’entreprise. Il achètera une maison neuve, des terres, se fera , avant la lettre, coopérateur de vignerons – ses voisins – et au lieu de journalier agricoleil pourra fièrement noter, à la fin de sa vie, au bas des actes: …propriétaire vigneron !

        Avec François-Silvain, l’aîné des enfants, le métier à tisser, dont se servait encore occasionnellement le père, est définitivement abandonné. Avec François commencent plusieurs générations de meuniers.

  

François apprendra le métier chez les Laugeon, meuniers au moulin du  bourg du château de Villentrois Marguerite Laugeon, en premières noces, épousa un Louis Rioland, originaire de Lye, dont nous ignorons la filiation mais qui ne semble pas avoir avec les Rioland de la Saussardière une parenté proche. Devenue veuve, elle épousa en secondes noces, Marc Croisé dont elle aura une fille Marguerite. Il en est des meuniers comme des tisserands : François a 22 ans, ce doit être un solide et loyal compagnon, il ne déplaît pas à Marguerite qui en a 17 – on les marie. Nous avons à ce moment précis, sous le toit des Croisé, un cas typique de contiguïté patronymique : Louis Rioland et François Rioland n’ont entre eux aucun lien génétique, sinon très éloigné. Louis, beau-fils de Marc Croisé, demi-frère de Marguerite, devient le beau-frère de François. Mais c’est l’aîné. A lui le moulin de Villentrois. Marguerite et François ne sont pas lésés pour autant; ils s’installent dans la commune voisine, Lye, au moulin des bancs, sur le petit ruisseau évocateur de Traîne-feuilles. Et les enfants naissent, à un rythme régulier. La vie semble se dérouler sans accroc au fil du Traîne-feuilles quand, soudain, c’est le drame : le 19 avril 1858, une épidémie de typhoïde emporte Juliette, qui allait avoir 14 ans, et huit jours plus tard c’est au tour de …. François ! le père ! Marguerite demeure avec huit enfants à charge, la plus jeune, Maria-Amelina, n’a que deux ans. Marguerite ne se remariera pas, comme c’était le plus souvent l’usage en cas de veuvage. Elle fera front avec courage. Elle doit bien évidemment abandonner le moulin des bancs; elle s’installe alors tout près de la Saussardière, à la Pigeonnière. L’aînée, Marguerite comme la maman, a 21 ans, elle épouse, quelques mois plus tard un garçon meunier de Monthou-sur-Cher, Eugène Chabot. Ils s’installeront au moulin de Seigy. Plus tard, ils prendront avec eux, Frédéric-Armand, le plus jeune des garçons. La famille avait dû conserver des liens étroits avec celle de la grand-mère maternelle (les Touchelet), car on retrouve l’aîné des garçons, meunier à Nouans-les-Fontaines au moulin de Blavetin, lequel Eugène fera venir près de lui son cadet, Jules-Alexandre. Quant aux filles, à qui, entre temps, Marguerite avait appris la couture, elles seront placées comme domestiques et connaîtront des sorts divers.

Dans la famille, la légende voulait que François-Silvain ait été si riche qu’il offrit 5 moulins à ses enfants ! Il est vrai que, seul, Charles fit entorse à la meunerie; il semblerait qu’il était destiné à recueillir les vignes du grand-père, mais il mourut prématurément à 17 ans. Il est donc vrai que Marguerite épousa un meunier et que les garçons furent meuniers à leur tour, en réalité, ils ne furent que… garçons-meuniers ! Mais au diable l’Histoire… les légendes sont si belles !

 La vie de notre bisaïeul Jules-Alexandre, premier du nom, présente bien des zones d’ombre. Après son mariage avec Victoire Méry, il rejoint Eugène au moulin de Blavetin à Nouans-les-Fontaines. Le temps pour Victoire de mettre au monde Germaine, (qui donnera la lignée de nos cousins Girault) puis notre grand-père, prénommé comme son père, et Jules-Alexandre disparaît à son tour. On le retrouve au gré des louées à Valençay, Bagneux, à Poulaines, à Meusnes. Il mourut à Noyers-sur-Cher, chez sa fille Marguerite, il avait 74 ans. La légende veut qu’il soit mort dans le plus grand dénuement. Il avait peu à peu vendu tous ses biens, il ne gardait plus avec lui qu’un âne qu’il promenait inlassablement dans les rues du village. Après la légende dorée, la malédiction. Mais on sait ce qu’il faut penser des légendes !

         Son fils, Jules-Alexandre, second du nom, connut à son tour bien des vicissitudes. Il fut d’abord meunier, mais de la même façon que le progrès technique ruina les tisserands deux siècles auparavant, les moulins au long de nos ruisseaux, victimes de l’industrialisation, fermèrent les uns après les autres. Alors, il se fit éleveur, n’hésitant pas à faire à l’occasion le maquignon, s’installa à Tours, dans la vallée du Cher, là où fleurissent aujourd’hui les îlots des Fontaines. Le cheptel commençait à être important, quand au début du XXème siècle, une de ces crues conjuguées de la Loire et du Cher, emporta les bovins et les chevaux. La ville lui vint en aide en lui trouvant un emploi de chef d’équipe à la compagnie des chemins de fer Paris-Orléans. C’était l’époque où il fallait construire des kilomètres et des kilomètres de ballast. L’expérience fut de courte durée. Comment embrigader ce paysan, épris d’indépendance ? Emu par un sort aussi tragique, le vicomte d’Argent – qui l’avait connu meunier et appréciait ses qualités- vint le chercher pour lui proposer l’une des fermes qu’il possédait à Civray-de-Touraine. Jules-Alexandre n’hésita pas un instant, il prit son baluchon et, tournant le dos aux traverses de chemin-de-fer, alla retrouver le cul des vaches, comme il aimait à dire, lui-même. Plus tard, il prendra, à Cormery, une ferme plus importante appartenant à la famille du politicien Chautemps. Quand les enfants furent élevés et que sonna l’âge de la retraite, Jules-Alexandre et son épouse achetèrent une petite maison au centre de Cormery où, infatigables………. ils ouvrirent une auberge !!! Ils décédèrent l’un et l’autre, dans leur 93ème année.

EPILOGUE

Telle fut la vie laborieuse de Solange et de Jules. Mais, depuis Léonard, Robert, les tisserands de Châteauvieux et les meuniers de Villentrois, que de chemins parcourus par la société ! Jules et Solange ont connu les bancs de la communale. La morale inscrite chaque jour sur le tableau noir et recopiée avec application sur le cahier du jour :  » une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » – « je me laverai les mains avant chaque repas » – a changé bien des comportements. L’hygiène, les progrès de la médecine, ceux notamment de la vaccination, ceux de l’outillage soulageant les travaux pénibles ont, entre autres, fait reculer la mortalité enfantine et celle des parturientes. La conséquence démographique est considérable: au XVIIIème siècle, Louis Rioland et Anne Patin ont eu (au moins) 9 enfants, deux seulement ont survécu et fondé une famille, Silvine et Marguerite. Et cet exemple est loin d’être exceptionnel. Moins de deux siècles plus tard, Jules et Solange ont eu 12 enfants, 11 ont vécu et 10 ont fondé une famille. Si bien que l’arbre généalogique, naguère squelettique, est devenu d’une luxuriance jusqu’alors inconnue. En novembre 1996, nous avons fêté le centenaire de Julia Rioland, veuve Bigot, la deuxième des enfants de Jules et de Solange. A cette occasion nous lui avons offert l’arbre généalogique de ses propres parents. En ligne directe, sans compter bien entendu les collatéraux, la postérité de Jules Rioland et de Solange Vioux s’établissait ainsi:

1ère génération : 11
2ème………………..: 43
3ème………………..: 89
4ème ……………….: 98

et 8 bébés de la 5ème génération commençaient à poindre leur frimousse, soit un total de 249 descendants en un siècle ! Six ans après, le total recalculé serait impressionnant.
Le patronyme – Rioland -, branche Léonard de Châteauvieux, n’est pas près de s’éteindre, et nous nous en réjouissons.

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