un contrat d’apprentissage de coffretier-malletier -1751

un contrat d’apprenti coffretier-malletier (1751)
                                                                        de notre cousine et correspondante Martine SAVARY
  DEFINITION
coffretier : artisan associé au malletier et au bahutier, dont le métier est la fabrication des coffres,  bahuts (coffres garnis de cuir), malles, fourreaux (de fusil, de pistolet), cantines, étuis (de chapeaux, de fusils), paniers et divers autres objets destinés principalement au rangement d’objets et d’ustensiles.
                                                                                                                               
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   Nota 
          *   Afin de faciliter la lecture du contrat, nous avons disposé les différents points en §. Nous avons introduit la ponctuation et corrigé certaines graphies; le but n’étant pas de faire une étude de la langue juridique du XVIII ème siècle, mais de présenter les différents points d’un contrat d’apprentissage.
         *   Nous avons préféré laisser en blanc certains mots dont la lecture posait problème, sans toutefois altérer le sens du texte.
          *   Le contrat a été établi dans un premier temps au nom de  Jean Baptiste Morin.Dans le premier §, le nom de l’apprenti a été rayé deux fois et remplacé dans la marge par Jean-Baptiste Rioland. Le notaire n’a pas cru bon corriger dans le reste du contrat; nous avons procédé à ces corrections. Ce double patronyme pose toutefois un vrai problème d’identité dans la mesure ou l’apprenti signe lui-même 
                                                           

                                                               rioland morin
  Par devant les conseillers du Roy, notaires au Châtelet de Paris, soussignés,
   Barthélémy Escoffié Dumont, maître perruquier à Paris, y demeurant, rue Coquillière paroisse Saint-Eustache,
   pour faire le profit et avantage de Jean François Rioland, son neveu, âgé de seize ans et demi, ou environ, qu’il certifie fidèle et de bonnes moeurs, fils de défunt Jean Baptiste Rioland, maître perruquier à Paris et 
(de) Marie Jeanne l’Etoupin sa femme, ses père et mère,
   l’a, par ces présentes, mis en apprentissage pour cinq années entières et consé-cutives à compter de ce jour, avec sieur Jean Baptiste Lonqueux, maître coffretier malletier à Paris demeurant rue de la Planche Mibraye,
paroisse Saint Gervais, à ce présent,
    qui a pris et retenu le dit sieur Rioland fils pour son apprenti et a promis et s’est obligé de lui montrer et enseigner sa profession de maître coffretier malletier et tout ce dont il se met et entremet en icelle:  le nourrir, loger, chauffer, éclairer,  coucher et lui blanchir son gros linge, pendant lesdites cinq années, et le traiter humainement.
    Et ledit sieur Escoffié Dumont son oncle a promis et s’est obligé de l’entretenir suivant son état et lui blanchir son menu linge,
ce, fait en présence dudit sieur Rioland apprenti, lequel a promis apprendre de son mieux tout ce qui lui sera montré et enseigné par ledit sieur son maître, lui obéir en tout ce qui lui (ce qu’il lui) commandera de licite et honnête, faire son profit, éviter sa perte, l’avertir de celle qui pourrait venir à sa connaissance, sans pouvoir, pendant lesdites cinq années, s’absenter de chez ledit sieur Lonqueux  son maître pour aller travailler ailleurs,** auquel cas le sieur Escoffié Dumont, son oncle, a promis et s’est obligé le chercher et faire chercher par toute la ville, faubourg et banlieue de Paris pour, s’il est trouvé,  être ramené chez le sieur son maître pour y achever le temps qui resterait lors à expirer des présentes qui sont faites moyennant la somme de cent cinquante livres***; en déduction de laquelle somme ledit sieur Escoffié Dumont en a présentement payé audit sieur Lonqueux celle de soixante quinze livres ainsi qu’il le reconnaît et dont il l’acquitte et décharge dès à présent, et pour les soixante quinze livres de surplus, ledit sieur Escoffié Dumont a promis et s’est obligé de les payer audit sieur Lonqueux dans deux ans et demi  (à partir) de ce jour, à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Le tout  en la qualité de tuteur dudit apprenti.
A ce faire, ont été présents et sont intervenus sieur François Antoine Desirré, maître coffretier malletier, de présent comptable de sa communauté, demeurant à Paris rue de la Planche Mibraye paroisse saint-Gervais, et sieur Jacques Antoine Béguin aussi maître coffretier malletier et juré de présent en charge de sa communauté. Lesquels ont eu le brevet de l’autre part pour agréable et ont consenti qu’il ait son entière exécution, reconnaissant avoir été payé des droits à eux dus pour leur communauté.
         A été convenu entre ledit sieur Escoffié Dumont et le sieur Lonqueux qu’en cas de décès du sieur Lonqueux, ou qu’il vienne à quitter sa profession, que les frais du transport du brevet qui seront dus pour lors, ainsi que les droits qui seront dus à la communauté à cause de ce transport, seront payés par le sieur Lonqueux, s’il se retire, et en cas de décès, par le sieur son fils ou son représentant, soit qu’il prenne le fond de son père ou non.

          Et pour l’exécution des présentes, lesdits sieur Escoffié et Lonqueux ont élu leur domicile en leurs demeures susdites (….) et passé à paris en l’étude l’an mil sept cent cinquante un, le vingt un décembre et ont signé ces présentes où sont vingts mots et ligne rayés comme nuls.

            Lonqueux      desirré        rioland morin
escofie dumont         J.A.Béguin

                 (suivent les signatures des notaires, en partie illisibles)
                    …amanche           deri (bes)?

 

 * cette rue de la Planche Mibraie a disparu. Son étymologie, probablement liée à une anecdote locale, demeure douteuse: une planche à demi broyée ? Les deux rues (Coquillière et de la Planche) étaient proches l’une de l’autre; le recrutement d’un apprenti se faisait à partir de « maîtres » qui devaient bien se connaître.

** cette clause tend à prouver que certains maîtres devaient manquer à leur devoir d’humanité, inversement que les cinq années devaient paraître bien longues aux apprentis et que le danger de fuite était réel.

*** il faut noter que ce n’était pas le maître qui payait son apprenti, mais l’apprenti qui payait son maître (frais de scolarité !)

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