Justice au XVIIème siècle

Justice au 17ème siècle
                                                                                              d’après les Lettres de Patin

 

ASSASSINAT SUIVI DE VOL


La veille de Noël, durant la messe de minuit, dans le logis de M.le duc d’Orléans, s’est fait un meurtre et un grand vol, dans la chambre de M.de la Rivière, qui est le 
Topanda 
(=l’homme à tout faire) dudit duc: on y a tué et coupé la tête à un valet de chambre, et on a enfoncé un coffre-fort, duquel on a emporté grandes sommes d’argent. Il y a apparence que les voleurs y en ont trouvé beaucoup, vu qu’ils n’ont pu tout emporter, et qu’ils y en ont laissé encore de reste; et tout cela est arrivé au-dessus de la chambre où dormait madame la duchesse d’Orléans, tandis que ledit La Rivière était à Limours avec M.le duc d’Orléans. Ledit valet de chambre fut étouffé d’une corde, et puis après son corps fut mis en quartiers, et après jeté dans un privé(=lieux d’aisances);ce que les voleurs firent, afin qu’on crût que ce valet de chambre ne se voyant pas on le soupçonnât être le voleur même, et qu’ainsi on n’en recherchât aucun autre (…) Voilà une horrible cruauté exercée sur de pauvre et innocent valet de chambre, que je plains fort, combien que je ne sache pas à qui il a jamais été. J’apprends qu’ils ont volé douze mille livres (= au minimum 1 200 000 F.coef.an 2000) et qu’ils ont laissé quinze mille livres en pistoles, faute qu’ils ne les trouvèrent, qui n’étaient pourtant pas loin d’où ils mirent la main.                                           (Patin, Paris, 10 janvier 1648)

PLAISIR  SADIQUE

Le lendemain mardi nous revînmes à Paris (Patin et le fils de son ami Falconet); le mercredi je le menai quand et moi (avec moi) à la porte de Paris, y voir une exécution criminelle d’un voleur qui y fut roué; on nous donna une chambre, de la fenêtre de laquelle il vit toute la cérémonie de ce mystère de défaire les hommes pour leurs crimes. Ce ne fut pas sans lui exagérer le malheur des méchants, qui se résolvent à voler et tuer pour avoir de l’argent, à faire des débauches  et à jouer.                                                                         (15 août 1659)

LES FEMMES NE SONT PAS EPARGNEES


Hier, fut pendue à la Grève une fille de vingt et un ans, laquelle a bien filé, mais elle a filé sa corde. Elle était grande larronnesse et grande receleuse; elle avait eu l’an passé le fouet et la fleur de lis sur le dos, et néanmoins quelque métier qu’elle fit, elle était fort dévote; elle était de la confrérie de Notre-Dame-aux-Billettes, et étant dans la chapelle, entreles mains du bourreau, elle demanda un certain carme mitigé
 des Billettes (pas très rigoureux, Patin laisse entendre qu’il était l’amant de la fille), pour se confesser à lui. Le docteur de Sorbonne qui était là l’empêcha, disant qu’il avait seul ce droit là (c’est un droit qui est accordé à la seule Sorbonne). Le moine n’en voulut point demeurer là; il voulut user de force, et faire à coups de poing, mais il en fut empêché par les officiers de ce lieu, et le moine fut éconduit et mis dehors.
Tantum religio potuit suadere malorum
(Tant la religion a pu conseiller de crimes ! le vers est emprunté à Lucrèce « De Natura rerum »)
Bien d’autres suivront la même cordelle, et même dit-on qu’une autre femme y passera la semaine prochaine.                                                                                   (12 décembre 1659)

 

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