Echos du XVIème siècle

Climat
Mémoires-Journaux de Pierre de l’Estoile
L’édition que nous utilisons est celle parue en 12 volumes chez Tallandier,  Paris, 1982.
26 décembre 1574.-(Il) s’éleva en Avignon, à Paris, et quasi par toute la France, un vent si grand et si impétueux, que de mémoire d’homme il n’avait été ouï un tel foudre et tempête.

 Guyenne 1574.- cette année fut si stérile en sel et en vin, qui est tout le trafic et richesse du pays, que la cherté y fut extrême.

19 avril 1575.- le mardi 19 avril, les vignes furent gelées, en plusieurs endroits, aux environs de Paris: qui fut cause de faire renchérir le vin et le vendre 3 et 4 sols la pinte, joint la grande abondance des hannetons, qui firent aussi grand dommage aux vignes et à toutes sortes d’arbres fruitiers.

 Justice
« Selon que vous soyez puissant ou misérable »
La Fontaine
Le lundi 11è de ce mois (octobre) fut pendu, au bout du Pont Neuf à Paris, un de ces tiremanteaux sur la brune, pauvre garçon qui n’avait que le cul et les dents. Je ne dis pas que ce ne soit pas bien fait de purger la ville de tels matois, brigandeaux et tirelaines, de peur d’y ouvrir la porte au meurtre et au brigandage; mais, de laisser aller impunis les gros larrons, épargner les assassins, comme on fait tous les jours, et ne point punir les séditieux qui doivent avoir pour partage le corbeau et la fourche, je dis que c’est faire la justice en guise d’araignée: tuer beaucoup de mouches, mais non pas les gros bourdons; car, quand nos juges font justice aujourd’hui, ils ne la font guère que d’hommes bas et vils. « J’ai vu pendre beaucoup de bélistres et maraux (dit le sieur Fioravanti, Bolonnais) mais je n’ai jamais vu au gibet ni à la potence un homme duquel l’habillement valût plus d’un écu. Et cela vient, dit-il, que les juges sont bien certains que tels pauvres misérables n’ont ni parents ni amis pour se venger du juge. »
Délit d’opinion et tribunal d’exception
Le mardi 6ème du mois, fut pendu à Paris, et puis mis en quatre quartiers, un capitaine nommé la Vergerie, condamné à mort par Birague, chancelier, et quelques maîtres des requêtes nommés par la Reine mère, qui lui firent son procès bien court (….)(il avait dit qu’il fallait se ranger du côté des « écoliers » et couper la gorge à tous ces bougres d’Italiens qui étaient cause de la ruine de la France) sans avoir autre chose fait ni attenté contre eux.
Autre délit d’opinion
En ce mois de juillet (1574), un misérable athéiste et fol (comme l’un n’est jamais sans l’autre), nommé Geoffroy Vallée, fut pendu et étranglé à Paris, et son corps mis en cendres, pour avoir fait imprimer audit Paris, et courir partout, un sien petit libelle, intitulé: La Béatitude des Chrétiens ou le fléau de la foi, par Geoffroi Vallée, natif d’Orléans, fils de feu Geoffroi Vallée et de Girarde le Berruier(…) Sans nom de lieu ni d’imprimeur.
Par arrêt de la Cour, les copies de ce beau livre d’une feuille, duquel l’intitulation seule suffit pour prouver la sagesse de son auteur, et leur maître exécuté à mort, contre l’avis de plusieurs de la Compagnie (= les Jésuites) qui étaient d’opinion de le confiner en un monastère, comme un vrai fol et insensé qu’il était (…)
Langue

La Reine-Mère mangea tant qu’elle cuida crever (…) On disait que c’était d’avoir trop mangé de culs d’artichaux et de crestes et rognons de coq, dont elle était fort friande.                              (T.1 juin 1575)


Epitaphe de la belle huissière

Ce fut le plus grand jour d’été
Que trépassa la belle huissière,
Avant que malade eut été
Dont le mari ne pleura guère

Hélas! elle aima tant les vifs,
Quand elle était pleine de vie
Mais à son convoi j n’y vis
Que son mari pour compagnie

Monsieur l’Huissier jamais n’avait
Si souvent en main la baguette,
Que sa femme, pour son jouet,
Le fourniment d’une braïette

Elle en eut pus exécuté
Au corps en une matinée
Que son mari n’en eut cité
Pour le moins en une journée

Or donques, Messieurs, qui avez
Vivans, caressé cette Dame
Dites à Dieu ce que savez
Pour le salut de sa pauvre âme.

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