39-45 : la Chansonnette sous l’occupation

la  Chansonnette
LA PROMENADE…de GRAMMONT  jusqu’au PONT
          Les distractions étaient fort rares pendant les années d’occupation . Trois cinémas au confort réduit avaient ouvert leurs portes, le VOX en haut de la Tranchée, le TRIANON, avenue de Grammont et le REX au  centre ville dans une salle de billard qui avait miraculeusement échappé à l’incendie. On y accédait par une passerelle branlante qui enjambait les caves béantes des maisons sinistrées !
On pouvait également aller à Beauregard où étaient regroupées différentes activités (piscine – patins – et …bal) mais Beauregard était situé à Sainte-Radegonde, loin de la ville;  on hésitait à s’éloigner de nos proches, à cause des bombardements et de tous les aléas de la guerre.
Comment se retrouver pour un après-midi entre copines et …copains ? Alors, on se promenait, bras dessus, bras dessous; la circulation étant pratiquement nulle, on marchait sur la chaussée, tout en croisant nos pieds, ce qui nous faisait chalouper; on riait pour oublier l’angoisse et l’on chantait, l’on chantait, des rengaines reprises inlassablement dont celle-ci, dont je me souviens parfaitement et que je vous livre volontiers.                             

Nous montons, nous descendons
nous arpentons
cette rue Nationale
de Grammont – mont-mont
jusqu’au pont – pont-pont
on  s’promène
comm’un troupeau d’moutons

Attention !
lentement,  on r’descend
cette prom’nade est très sentimentale
le dimanche suivant
on r’verra  surement
la rue Nationale -a-le

C’était   une façon de narguer les soldats allemands qui le dimanche bénéficiaient  d’une permission et envahissaient les rues de la ville, occupant les terrasses des cafés. C’était une fausse insouciance. Un dimanche, alors que nous descendions du parc de Grammont, un avion « allié », qui avait trompé la vigilance des observateurs du ciel, piqua sur la gare et lâcha une bombe. Nous nous sommes séparés rapidement de peur d’un bombardement de plus grande importance, chacun regagnant son domicile. Parvenus à la maison, la rumeur était déjà parvenue: la bombe était tombée rue Blaise Pascal, elle avait tué deux jeunes-filles, des jumelles. C’étaient des camarades de classe de ma soeur Yolande. Nous n’avions plus le coeur à rire.
                                                                                                                                                           Jacqueline Rioland

UNE  CURIEUSE  INTERPRETATION  DE        « MARECHAL, NOUS VOILA »

Dans les écoles primaires, instructions obligent, les maîtres apprenaient à leurs élèves la chanson dite
« du Maréchal » :  Maréchal, nous voilà !
Une flamme sacrée
Monte du sol natal 
Et la France énivrée
Te salue Maréchal


Notre correspondant, Henri-Jean BOUIN ,nous rapporte l’anecdote suivante :

« J’étais alors, à Tours, à l’école Mirabeau, dans la classe de M.Rabache.
Nous avions légèrement modifié le refrain (!) et chantions en sourdine :

Une odeur puante
sort des cabinets
et la France asphyxiée
se bouche les trous de nez.

Notre maître – curieusement – était fort dur d’oreille et ne voulait pas entendre.
Nous ne savions pas, enfants que nous étions, que M.Rabache était dans la Résistance.
Il fut malheureusement arrêté par la sinistre Gestapo et mourut en déportation.

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