1939-Les Réfugiés Espagnols

les Réfugiés de la guerre civile espagnole

 De tout temps, les civils ont été victimes des  hordes soldatesques et, le plus souvent, n’ont eu de salut que dans la fuite: les Gaulois devant les Romains, les Gallo-romains devant les Germains… notre XXème siècle n’a pas fait exception et au XXème siècle perdurent les exodes de populations civiles innocentes, prises dans l’étau des combattants….

Notre ami et collègue, Gregorio Meseguer,  était enfant en 39, il raconte aujourd’hui et pour ses propres petits-enfants,  dans un opuscule particulièrement émouvant le drame qu’il a vécu… Nous le remercions vivement de nous autoriser à en reproduire quelques extraits.

200km par des sentiers    parsemés de pierres 
           Qui n’a pas connu d’exode ne peut imaginer ce que représente un tel saut dans l’inconnu (…) Que de drames, que de déchirures, que de destins brisés ! Les couples sont disloqués. On quitte les parents et les amis. Pour combien de temps ? On veut se convaincre que ce sera un simple entracte et que la vie reprendra comme avant. Chacun veut se rassurer !
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      Automne 37, je ne sais quel jour. Par un matin frisquet, tout commence… Je me revois couché dans une des deux besaces de l’âne qui porte aussi une valise et quelques provisions entassées à la hâte.(…)Plus de deux cents kilomètres par les sentiers parsemés de pierres! On marche le jour, à l’écoute de la canonnade qui tonne au loin. C’est qu’il faut passer ! L’étau se resserre et bien des imprudents se trouveront nez à nez avec des franquistes. Malheur à eux ! La nuit, on dort à même le sol.
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 Nous avançons parmi d’autres fantômes. Pas d’homme jeune, quelques vieux grands-pères et, surtout, des femmes et des enfants. Triste cohorte marchant, fuyant ! La plupart des femmes portent des baluchons. D’autres traînent une valise toute cabossée. J’en vois une qui, n’en pouvant plus, laisse la sienne au bord de la route. Une paysanne pro-franquiste regarde passer ces « pouilleux d’Aragonnais qui fuient, » dès que la colonne s’éloigne… la paysanne se précipite et récupère la valise. En temps de guerre, tout le monde n’est pas perdant ! Tiens, notre valise aussi a disparu. L’âne, je ne le vois pas, non plus. A-t-il servi de monnaie d’échange pour quelque achat de nourriture ? A-t-il fini sa vie dans un fossé ? Dommage, je l’aimais bien, ce petit âne !
Les fascistes se rapprochent. Les avions de la division Condor envoyés par Goering s’en donnent à cœur joie et lâchent leurs bombes sur les colonnes de civils. On se jette dans les fossés à la moindre alerte. Le bruit strident des avions en piqué, le fracas des bombes, les cris, la fumée, l’odeur…! Comment peut-on oublier ces visions de fin du monde ?
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       Dans les villes, c’est une pagaille indescriptible. Rien n’a été prévu pour faire face à un tel afflux de réfugiés. Les services de la Croix-Rouge parent au plus pressé et distribuent des vivres et du lait pour les enfants. Ma mère court, se démène; c’est le chacun pour soi. Une seule préoccupation pour tous, trouver de la nourriture. les rumeurs naissent, enflent, se propagent.
   – on distribue du pain au comité de la FAI !   
C’est la ruée, souvent en vain. On couche dans les refuges(…) L’hiver 38-39 est rude pour le peuple des gueux. les jours passent, interminables, avec une seule obsession, manger. Le froid fragilise les résistances physiques. Nombreux sont les malades qui restent allongés et ne survivent que grâce à la solidarité du groupe.
Le bruit strident des avions en piqué, le fracas des bombes, les cris, la fumée, l’odeur…!
  janvier 39 : sous la pression des démocraties occidentales, la France se décide à ouvrir sa frontière 

C’est de nouveau la retirada : une fuite en colonnes désordonnées et interminables. Les Pyrénées sont là, toutes proches. Tous se précipitent, les civils mais aussi les soldats déguenillés, vaincus et désespérés. L’aviation allemande réapparaît ! Que les derniers kilomètres sont longs ! Heureusement, ma mère réussit à nous trouver deux petites places sur la plate-forme d’un camion militaire. Nous ne progressons pas plus vite mais, au moins, mes petites jambes se reposent.
 (…) Pour l’instant, la masse des réfugiés est bloquée aux postes-frontières. Nous sommes arrivés au Perthus et nous ne sommes pas seuls ! Plus de 400 000 désespérés piétinent sur place pendant des jours et des jours avant de passer. Il y en a partout, dans les rues, sur la place, dans les prairies environnantes (…) Nous sommes à la frontière et le paradis tant espéré est là, de l’autre côté de la rue. Pourtant nous sommes encore en Espagne, à la merci des Franquistes tout proches et l’angoisse grandit chez les exilés. Chacun cherche un visage connu dans cette foule mouvante. Mon père n’est pas là. Est-il encore vivant ? Le reverrons-nous un jour ? Que de sentiments contradictoires ! Nous quittons avec déchirement notre pays, chassés par des compatriotes qui nous refoulent comme la lie de la société. La France sera-t-elle pour nous un pays hostile ou une terre d’accueil ?

réfugiés débarquant
sur un quai de gare …
…. avec leurs maigres bagages
Réfugiés, la maman et son petit garçon n’en ont pas terminé avec les tribulations, 14 déplacements avant de se fixer ! Le père finira par les retrouver, plusieurs années après. Le  garçonnet grandira, sera scolarisé, se montrera élève particulièrement doué et fera une brillante carrière dans l’Education Nationale.
                                 sources: Déraciné de Grégorio Meseguer. Ed.Les Monédières 21.av.Jean Jaurès BRIVE , 2009
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