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Mes années d'adolescence

1939-1945

                                                                               par  Roland GIRAUD

-.I.-

 

 

     3 septembre 1939. Je suis en vacances chez ma tante, institutrice et secrétaire de mairie à la Chapelle Orthemale (Indre), moins de 200 habitants à l’époque. En juin j’ai obtenu mon Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires à l’école publique de Tournon Saint-Martin (Indre) où nous habitons ; mon père est chef de gare. Il n’est pas question de poursuite d’études, la scolarité , depuis deux ans, est maintenant obligatoire jusqu’à quatorze ans. Tous les élèves restent à l’école primaire.

   

 Ce 3 septembre donc, déclaration de guerre… On placarde une grande affiche. : j'entends dire à ma tante : « C’est la même qu’en 14 »!  Quelques jours après, grande colonne de chevaux conduits par leurs maîtres: ce sont les chevaux réquisitionnés. Certains badauds expriment une surprise « Tiens, il y a des chevaux entiers, je croyais qu’ils ne prenaient que des hongres ». Et moi qui demande : « Quelle est la différence ? « Hélas, je ne me souviens plus des sornettes que l’on a pu me raconter mais je sais que le soir ou le lendemain, ma grand-mère habitant à six kilomètres, chez qui je partageais mes vacances, me dit qu’on m’a raconté des histoires et me fit mon premier cours d’initiation sexuelle !

     La rentrée, donc. Surprise, l’instituteur est mobilisé, c’est son épouse qui nous fait la classe. Quels étaient les objectifs, les programmes pour nous qui avions le Certificat d’Etudes, but ultime alors des études primaires? Je me souviens que pour la première fois , en calcul (on ne disait pas mathématiques !) je voyais des a et des b et non pas les chiffres habituels. Souvenir aussi qu’une ou plusieurs fois l’instituteur est revenu nous faire classe en militaire ; sur l’estrade surélevée, je ne vois que passer et repasser les bandes molletières enroulées autour de ses mollets .Belle conscience professionnelle pour profiter ainsi de ses permissions ! Mon père « affecté spécial »reste à son poste. Plusieurs employés sont mobilisés.

     Je vais à l’école. Une fois par semaine, je crois, avec deux ou trois camarades, nous sommes chargés de la bibliothèque. L’école, neuve, inaugurée en 1938, était dotée d’un pièce spéciale  « Bibliothèque », nous y faisions le rangement, le balayage et l’encaustiquage du parquet . Nous appréciions cette marque de confiance.

     Mon père est promu chef de gare de 5e classe à Mer , Loir et Cher, près de Blois. A la prochaine rentrée je serai élève au lycée, les horaires des trains permettront que je sois externe.

    Et voici les mauvaise nouvelles militaires. La débâcle… En avaient-ils reçu l’ordre ? Les cheminots creusent deux ou trois tranchées à quelques mètres de la gare. Je me revois à l’école dans cette bibliothèque, regardant passer le flot des voitures de réfugiés. Et nous leur faisions bonjour, inconscients que nous étions. Interpellation d’un voisin avisant un militaire, un officier sans doute, bras appuyé sur la portière vitre baissée « Cache les donc tes galons Nom de D » .   Et les réfugiés arrivaient, en voiture, à vélo, à pied, aussi des soldats à pied, sans armes.

Et le bruit des combats qui s’entendait au loin. Depuis quelques jours, la certitude de la défaite. Pourquoi ? Apparemment personne n’incriminait l’armée ou le gouvernement. C’est à cause de la « cinquième colonne » disait-on : des espions allemands infiltrés en France, communiquant par des documents glissés au dos des affiches . On citait même celles des chocolats Menier. Et les réfugiés alsaciens plus ou moins suspectés !

     Les transports sont désorganisés, y compris les chemins de fer. Sur les voies de la gare stationnent des files de wagons chargés de marchandises diverses. Wagons visités la nuit, le jour, colis défaits, pillés. Je reconnais y avoir participé et pris des livres appartenant à des lycéens, leurs noms et leurs classes étaient notés. Les livres de sciences avaient eu ma préférence. Je les ai gardés très longtemps.

     Une anecdote qui a bien réjoui. Un certain fermier persuadé d’avoir trouvé des sacs de farine, fit un bon chargement et se mit à faire du pain. De la farine, de l’eau. Mélange curieux. C’était du talc et non pas de la farine !

    Les combats se sont rapprochés, des tirs, des explosions et un beau jour, des soldats qui traversent les voies, un fusil mitrailleur à la main, la bataille est là, nous sommes dans les tranchées. A un moment, des sifflements au dessus de nos têtes. « Ce sont des fusants,  courons dans la cave » dit mon père ancien de 14-18, il connaît la dangerosité des « fusants », obus éclatant en l’air, de multiples fragments d’acier très aigus, très coupants, le cauchemar des troupes au sol. Je ne pense pas que notre séjour dans la cave fut très long. En sortant, que voyons-nous? le voisin cafetier, assis autour de la grande table ronde métallique de la terrasse ! Inconscient du danger, il était resté là. Trop âgé, il n’avait pas été mobilisé et n'avait pas connu la guerre de 14 -18.

     Est-ce le même jour ? Mon père va à quelque deux cents mètres sur le pont du chemin de fer qui surplombe la route et voit arriver une moto et un side-car allemands :  « Je les ai bien reconnus avec leurs casques ». Et les troupes allemandes sont arrivées.

                                                 Quelques souvenirs.

    Dans le petit square près de l’église, des soldats français regroupés, moins d’une centaine je pense, des soldats qui ont refusé les vêtements civils que la population leur proposait, ils voulaient être faits prisonniers « pour être démobilisés plus vite » . Quel fut leur avenir ?

     Sur la place de l’église, une prise d’armes, les soldats allemands bien rangés, musique militaire, sans doute une célébration des derniers combats et leur victoire.

    A la gare, des soldats allemands entrent en réclamant "benzin benzin" . Ne comprenant pas très bien (ou feignant de ne pas comprendre) mon père les a conduits dans la lampisterie où ils se sont saisis du pétrole destiné aux lanternes accrochées à l’avant et à l’arrière des trains. Benzin, c’est essence en allemand. Qu’est-il advenu du pétrole ? Nous n’avons pas entendu parler d’explosion !

    Une image m’est restée, je la vois toujours. Assise sur une des grosses charrettes à colis des gares, une très vieille femme en noir, une réfugiée, caressant familièrement la nuque d’un jeune soldat allemand.

    Mon père reçoit la visite d’un gradé, pas tout jeune, qui lui demande de lui remettre les « documents confidentiels ».Il connaissait donc leur existence. Sans doute les dispositions à prendre pour les convois militaires ou transports de troupes. Mon père les lui remet. Son interlocuteur le remercie et lui tend la main. Mon père a eu un moment d’hésitation : » dois-je accepter cette main tendue, un Allemand, vu l’âge, peut-être un ancien de 14-18 ». La poignée de mains eut lieu.

     Quelqu’un a évoqué un soldat mordant à pleines dents dans une demi livre de beurre. L’intendance n’aurait-elle pas suivi l’avance foudroyante de la troupe ? On parlait de la politesse de ceux qui logeaient chez les particuliers.

    A un certain moment j’ai vu le pistolet que mon père avait conservé après 1918, un pistolet espagnol, son pistolet de sous-officier. Il fallait déposer les armes à la mairie. Le pistolet fut enterré.

     Et le tabac manqua. Une idée : les mégots jetés dans la cheminée, à travers le trou de la plaque de tôle qui la fermait – tous les employés fumaient dans les deux bureaux –plaque enlevée - un trésor ! Une montagne de mégots récupérés, décortiqués, une manne ! Mais elle s’épuisa. Et ce fut la production personnelle, des feuilles de tabac puis de je ne sais quoi, macérées, cuites, séchées, coupées minutieusement.

     Et les vivres manquèrent. Une  ou deux fois par mois, je retrouvais ma tante à mi chemin, à Mézières-en-Brenne, à trente kilomètres, bien entendu à bicyclette, pour rapporter poulet, lapin ou autre ravitaillement. 

     La France est occupée. Une ligne de démarcation la partage. Zone libre – zone occupée.

     Pour mon père, pas question d’aller en zone occupée, il refuse donc le poste de Mer et à la rentrée 1940, j’entre pour une deuxième année de Cours Supérieur. Un camarade lui aussi lauréat du Certificat d’Etudes part au Cours Complémentaire de Chauvigny dans la Vienne .Je suppose que pendant l’année scolaire mes parents avaient pris contact avec les siens et je retrouve cette lettre du Cours Complémentaire du 26 juillet 1941 :  « Je puis accepter votre fils au 1er octobre en qualité d’interne…il entrerait dans la classe préparatoire correspondant à la classe de 6e des lycées… le prix de la pension…ne dépassera pas 1300 F par trimestre « .Mystère. Les bulletins trimestriels mentionnent bien « classe de 1ère année » mais en fait c’est une classe de cinquième. Je suppose que cet arrangement a été fait pour tous ces élèves qui avaient leur Certificat d’Etudes depuis un ou deux ans et - donc - un ou deux ans de Cours Supérieur. Une excellente année : premier trimestre, 2; puis 1er et 5e. Je ne me souviens que de l’engueulade de mon père au troisième trimestre pour ma 5e place et pourtant « : Elève qui continue à donner toute satisfaction ». Pas de souvenir particulier de l’enseignement mais des à-côtés. Notre professeur de chant-musique, M.Herzog, nous a fait chanter en toute impunité pendant toutes ces années : " Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine" .

     Une fois par mois, grande sortie. Nous partions de Chauvigny le vendredi soir, retour le dimanche soir. Tournon - Chauvigny 35 km, le vélo, la valise avec le linge à laver puis propre au retour. Et quatre vallées à franchir, la Vienne, la Gartempe, l’Anglin et la Creuse avec leurs côtes et avec des temps parfois exécrables. Le déplacement était joyeux, nous étions une bonne bande, garçons et filles des différents bourgs traversés et deux seulement pour terminer entre Angles-sur-l’Anglin et Tournon .Mais une certaine fois, temps exécrable et moral au plus bas pour le retour à Chauvigny ; mon copain et moi décidons de revenir à la maison et pour prouver que les conditions étaient affreuses nous roulions l’un derrière l’autre pour nous projeter de la boue. Et nous sommes repartis le lendemain en plein jour et non pas en fin de journée !

     Internat très sommaire. Sous les mansardes, des lits alignés, très rapprochés, les fenêtres, des œils de bœufs, quelques intrépides sortaient par l’un d’eux, cheminaient dans
la gouttière et rentraient par le suivant. Je ne m’y suis jamais risqué ! Un souvenir d’hiver où l’eau de nos brocs était gelée dans le couloir où nous faisions notre toilette, toilette très sommaire et les douches n’existaient pas !

     Et voici qu’à la fin de l’année scolaire j’apprends que mon père est précisément nommé à Chauvigny, gare de 5e classe comme Mer mais en zone libre. Au tout début la ligne de démarcation suivait le cours de la Vienne et la ville était donc partagée en deux, la gare en zone occupée mais très rapidement la frontière fut repoussée à environ deux kilomètres.

    Rentrée 1942 –Externe en 4e. Nous avons donc déménagé. Nous ne connaissions personne, comme approvisionnement : uniquement ce à quoi les tickets alimentaires et textiles nous donnaient droit. Mon père trouve que mon frère et moi mangeons plus que notre ration de pain. Ma mère se voit obligée de peser à chacun de nous sa ration journalière. Heureusement cela ne dura pas longtemps. Nous apprîmes qu’à six kilomètres un boulanger vendait du pain sans ticket. J’y allais à vélo peut- être une fois par semaine et rapportais un bon chargement. Le jeudi après-midi, avec une voisine, ma mère parcourait la campagne et rapportait des œufs, un poulet ou tout ravitaillement bienvenu.

     Je m’inscrivis à la Musique Municipale de Chauvigny et le chef de dire "tu es bon en solfège, tu feras de la clarinette". Je ne jouais plus du violon, l’archet était cassé et impossible d’en trouver un. Les répétitions avaient lieu le soir. Pas d’éclairage des rues la nuit, clarté lunaire seulement, c’est dire que parfois le petit kilomètre se faisait presque à tâtons. Assez souvent, vers 13h., je jouais en duo avec un employé de la gare, trompettiste. Et parfois, le dimanche, les élèves musiciens du Cours Complémentaire allaient jouer dans les bourgs des environs; nous récoltions quelque argent pour mieux garnir les colis envoyés aux prisonniers

     A la belle saison toute la bande de copains allait se baigner dans la Vienne. Nous avions une barque « le Fanlo » que nous nous amusions à couler au milieu de la rivière et à ramener sur la berge.

     Un jour, un copain, fils de l’adjudant de gendarmerie  emprunta  un document : des rapports, comptes-rendus de viols ! Comme lecture pornographique on a fait mieux depuis !

     Grosse activité à la gare avec l’exploitation de la pierre de Chauvigny, calcaire blanc résistant. Les carrières étaient proches, les blocs débités à l’explosif. Il fallait rentrer quand on entendait «  A la mine » . Certaines pierres étaient taillées, d’autres pas, mais toutes chargées sur des wagons plats, des trains entiers.

On se plaisait à raconter qu’avant guerre de multiples convois sont partis pour la construction de l’Hôtel de Ville d’Alger. Dans l’une des carrières on taillait d’énormes cubes de pierre d’au moins deux mètres d’arête pour l’aérodrome de Berlin…mais la fin de la guerre les a laissés sur place. Les wagons plats ne transportaient pas que des pierres. De temps en temps je voyais un chef de train glisser un paquet de lettres sous l’une d’elles et passer ainsi du courrier de zone libre en zone occupée. Et puis de temps en temps, l’équipe de poseurs (les cheminots travaillant sur les voies) prenait de l’importance, de deux ou trois elle passait à cinq ou six, tenue de travail, pelle sur l’épaule et hop, la frontière est passée. Jamais eu de problème, la seule arrestation dont j’ai entendu parler c’est celle du père d’un camarade du Cours complémentaire qui, à quelques kilomètres, en bateau faisait traverser la Vienne.

     Novembre 1942 .Plus de ligne de démarcation, toute la France est occupée. Mais à Chauvigny nous ne voyons pas beaucoup d’Allemands. Classe de 4e puis de 3 e. Je fais la route avec une voisine de mon âge. Ses parents, architectes, nouvellement installés habitent près de la gare. Trois filles charmantes qui furent très entourées ! La deuxième fut ma petite amie. Quelques promenades côte à côte le jeudi. Elle trouvait que le style de mes compositions françaises manquait d’élégance et le corrigeait donc. A 16-17 ans à cette époque on était bien chaste !

    1943 -1944. Vacances chez mon oncle et ma tante. Le STO (Service du Travail Obligatoire) a été institué. Beaucoup refusent de partir en Allemagne pour travailler dans les usines d’armement, ils deviennent des « réfractaires »  . C’est le cas de six jeunes de la commune. Ils s’installent dans les bois. Ils viennent se ravitailler dans la ferme de mon oncle. Et de temps en temps c’est moi qui vais les approvisionner. (voir Complément )

     On commence à parler maquis à Chauvigny en 1944. Des escarmouches ont lieu dans le sud du département. Un jour la brigade de gendarmerie est envoyée pour intervenir, un mort de chaque côté . Egalement à une douzaine de kilomètres à l’est, des virages encaissés propices à de fréquentes embuscades sur cet axe ouest – est, Poitiers - Châteauroux.

     Dans mes moments de loisirs j’allais dans le bureau de mon père. Le téléphone sonnait et parfois il me faisait sortir. J’imaginais bien qu’il ne s’agissait pas de train ou de wagon, c’est après que j’ai su (voir Compléments). Je notais tout cela sur mon Journal. Hélas, un jour, ma mère le brûla, elle m’a fait comprendre que j’en disais trop. Un jour quelqu’un dit à ma mère :
           - "Vous ne devriez pas laisser votre fils sortir trop souvent, ça peut être dangereux".
             - " Il a sa carte d’identité sur lui, il n’a pas l’âge d’être maquisard".

       Je n’en avais pas l’âge mais la corpulence ! Un lieutenant de la Gestapo est venu à plusieurs reprises, traquant les maquisards, c’est lui qui a baptisé « Chauvigny, cité du Maquis ». Il faut dire que c’était le cas de beaucoup de carriers. On entendait les récits d’accrochages, les noms des groupes de maquisards, un des plus actifs, Le Chouan, que j’ai vu un jour, avisant la terrasse du silo à grain contigu à la gare : « un bel emplacement pour une mitrailleuse » ce à quoi mon père a répondu : « mais le mur n’est pas suffisamment épais » .

       Toujours au Cours Complémentaire, la période des examens arrive. La classe part à Poitiers pour les épreuves du Brevet Elémentaire. Avec un copain, marchant dans la rue nous passons devant une affiche représentant un escargot coiffé d’un casque anglais, tournant en dérision l’annonce de la libération de la France. "Je l’aime bien celle-là" lançai-je assez fort, sur un ton amusé. J’avisai alors le regard très appuyé d’un passant. J’ai compris qu’il fallait être prudent dans ses réflexions, Poitiers n’était pas Chauvigny ! Comme j’étais bon élève, les professeurs estimèrent que je pouvais me présenter au concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Poitiers sans préparation spéciale. Le 5 juin au soir tous les candidats furent hébergés au lycée. Nous nous installons dans les dortoirs. Bizarrement les surveillants s’absentèrent. Bagarre de polochons. Effacement des traces. Retour des surveillants. Une plume sur le parquet. : « Il y a eu une bagarre ici, tout le monde au pied du lit pour une demi heure de garde à vous » ! Ils devaient savoir ! La nuit, alerte, descente dans les caves. C’était le Débarquement. Le lendemain, toutes les épreuves coupées par les alertes et les descentes aux abris.
 

Je fus admissible mais échouai à l’oral ainsi d’ailleurs que le seul autre candidat sans préparation spéciale, notamment le compte-rendu d’exposé. J’avais rédigé un mauvais compte-rendu de l’exposé fait par un professeur du lycée ; il paraît que j’avais inventé ! C’était sur l’Antiquité. C’est exactement une semaine après que Poitiers fut bombardé. Destructions énormes. Beaucoup de morts. Mes parents et moi eurent rétrospectivement très peur.

    15 Juin. Formation du maquis de Chauvigny : groupe Baptiste. Escarmouches. Quelques tués. Toujours des passages d’Allemands. Le maire, très diplomate sauva à plusieurs reprises des situations difficiles. Mais du 25 au 28 juin, Chauvigny connut ses épreuves les plus dures. Le maire Jacques Toulat en a fait un compte-rendu dans son livre « L’été tragique « Ce maire, nommé par Vichy, Conseiller général, sauva la population en particulier les Juifs en détruisant les registres, fut constamment réélu et reconnu Juste par l’Etat d’Israël. (cf Notes complémentaires ). Mon père, renfermé dans le magasin aux colis de la gare avec une trentaine d’autres otages était témoin du pillage de notre appartement. La liste détaillée des vols a été établie (45 lignes ), estimation 1939, 2600 F, estimation 1956, 52000 F soit 1067 € en 2014 . Les otages étaient gardés par des Russes, on les appelait les Russes blancs ; l’Histoire semble avoir établi que le Reich aurait promis après la victoire, l’indépendance aux provinces annexées (Pologne et Pays Baltes) et pour cela à condition d’intégrer l’armée allemande. Et le troisième jour, les gardes partirent en recommandant d’attendre deux heures avant de sortir. Tout s’est donc terminé sans trop de malheurs si on songe à Oradour, Maillé ou Tulle.



Toutes les troupes allemandes furent bientôt repliées, beaucoup de prisonniers ( cf. Notes complémentaires : la reddition de la colonne Elster ). Certains de ces prisonniers travaillèrent dans les carrières près de la gare. Par grandes chaleurs, on les reconnaissait : ils étaient les seuls à travailler torse nu, à l’époque ce n’était pas dans les habitudes françaises. Bronzage absolu !

      9 mai 1945 fin de la guerre. Défilé de la victoire le soir, musique en tête, sur les côtés, des flambeaux éclairent nos partitions musicales, quand quelqu’un eut l’idée de tous les regrouper à l’avant. Plus de lumière, plus de lecture de partitions, nous les connaissions un peu, nous avons donc improvisé. Je n’ose imaginer la cacophonie ! Et arrêt et passage dans chaque café. Sans m’être spécialement gobergé, je me souviens qu’au petit bal dans la rue qui s’ensuivit, ma cavalière me retint à plusieurs reprises. Toujours des restrictions. Ma mère trouva, je ne sais comment un élément d’uniforme allemand de couleur bleue dont elle me fit un blouson .Nous avons eu besoin d’un seau à eau, à cette époque ils étaient tous en métal, il fallait un bon que nous allâmes chercher à la mairie et toute la famille de rire en lisant « bon pour un sceau » !

   Et vint le mois de juin, le concours d’entrée à l’Ecole Normale de Poitiers et cette fois, je fus reçu.

Notes complémentaires

1943 - Une perquisition à la Chapelle Orthemale.

1944 – Libération de Chauvigny.

1944 – Reddition de la Colonne Elster.

 

 

 

 



 

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