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Jean   Riolan


chirurgien

 

 Le mardi 28è, jour des Innocents (28 décembre 1610), mon petit Claude, par un grand inconvénient, fut brûlé dans la garde-robe de ma chambre, où, regardant dans un coffre avec une chandelle allumée qu'il tenait en sa main, le feu se prit en sa fraise, qui fut toute brûlée, puis au col, aux oreilles, au menton, et déjà allait gagnant le visage et les yeux: qui était pour l'achever de  consommer et perdre à jamais, n'eût été que Dieu, le conduisant comme par la  main, lui donna l'adresse, tout petit qu'il était, de déverrouiller la porte de la garde-robe où il s'était enfermé, et où nous entrâmes tout à point pour le secourir, mais [ pas avant ] qu'il ne brûlât pour le moins demi quart d'heure, avant que de pouvoir éteindre le feu.
        Il était 6 heures passées, et déjà on apportait notre souper, qu'on laissa là pour courir au médecin notre voisin, qui était M.de Lisle, lequel nous secourut promptement et y apporta de bonne volonté tout ce qu'il put, comme aussi fit Riolant le chirurgien, que nous mandâmes après; mais ils montrèrent enfin qu'ils s'y connaissaient.

 

      Il était prêt d'entrer bientôt sans cela, chez Mademoiselle de Montpensier, pour être son page, étant le plus beau de mes enfants et le plus adroit; et auquel il paraîtra toute sa vie, pour l'avoir mis entre les mains des médecins et chirurgiens, qui n'ont pu faire en six mois, ce que beaucoup de femmes, et même de village, eussent fait en six jours.

 

Ce sont les deux seules mentions que nous ayons de ce Jean Riolan; elles sont empruntées aux Mémoires-Journaux de Pierre de l'Estoile
                                                                                    
(éd.Tallandier, 1983, Livre XI, pp.42-43)

 

Les recherches effectuées jusqu'à ce jour n'ont pas permis de fixer les origines de ce Jean Riolan(t), nous ne possédons que des indices. Ce qui est certain c'est que ce Jean Riolan, bien qu'il porte le même patronyme, n'est ni le philosophe-médecin qui fut doyen de la Faculté de Médecine, ni son fils, le non moins célèbre anatomisteIl semblerait que cette homonymie n'ait été décelée par aucun critique d'autant que si ce chirurgien ne peut être confondu avec aucun des deux, il doit appartenir à la même fratrie amiénoise.

          François, le marchand drapier bourgeois d'Amiens, fils de Jean, le saiteur qui avait assis la fortune de cette branche des Rioland, avait eu plusieurs enfants dont l'aîné François avait poursuivi les activités familiales. Il eut aussi une ou plusieurs filles, nous connaissons grâce aux recherches de notre correspondante Martine Savary, une Marie qui épousa Sixte Havart . Quant à Jean le médecin il eut un frère dont nous ignorons tout, sauf qu'il était avocat et probablement parisien. Tous ces protagonistes ont eu, à un moment ou à un autre de leur existence, des liens de proximité avec le village de Roy (près d'Amiens dans la Somme).
          François (fils) ayant fortune assurée, la famille envoya Jean faire ses études à Paris, il est probable que le jeune frère suivit. Le premier devint médecin, le second avocat. Jean, le chirurgien dont il est question ici, serait le fils de l'avocat et le neveu et cousin des deux autres Jean. On peut s'étonner de ne pas avoir trouvé d'indices laissant entendre que les deux familles étaient apparentées alors qu'elles se coudoyaient presque. Il faut savoir qu'à cette époque le mépris des médecins envers les chirurgiens confinait à la haine et réciproquement. Lorsque Jean l'anatomiste inaugura le nouvel amphithéâtre de l'Ecole de médecine, les chirurgiens qui prétendaient que les dissections étaient leur domaine, envahirent l'amphithéâtre, arrachèrent le cadavre qu'ils exhibèrent dans le tout Paris de l'époque, accompagnant cette manifestation d'un immense charivari. Il est possible, sinon probable que les deux Jean étaient de part et d'autre dans les camps opposés.

         Un indice est venu depuis nous apprendre qu'une certaine Marie Rioland, épousa un chirurgien: Ménard. Marie et Jean le chirurgien seraient frères et soeurs. Jean aurait eu des fils, entrés dans la noblesse (robine). Marie veuve Ménard, n'eut pas d'enfant, devenue veuve elle testa en faveur de sa nièce une autre Marie qui était devenue l'épouse d' Isaac Bartet, 1er secrétaire de Louis XIV, après avoir été le courrier de Mazarin. Tous ces Riolan(d) issus de la branche amiénoise devaient être cousins. Nous espérons que nos lectures et le déchiffrement des actes de l'époque nous apporteront un éclairage

 

 

Nos cousins-lecteurs, qui sont de fins limiers pourront peut-être nous éclairer.