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Néanderthal

 

 

"Les recherches entreprises pour mieux connaître et cerner la personnalité de Néanderthal ont soulevé plus de questions qu'elles n'ont apporté de certitudes et beaucoup parmi ces questions, notamment celles relatives à ses comportements sociaux et symboliques, demeurent,  aujourd'hui encore, sans réponse."

En conséquence, nous avons délaissé les sources anciennes sur lesquelles était fondée notre propre connaissance pour adopter le point le plus récent, exposé par un auteur de qualité et incontestable, Marylène Pathou-Mathis, docteur d'Etat en préhistoire, directrice de recherches au CNRS, responsable de l'unité d'archéozoologie du Muséum national d'histoire naturelle à Paris, dans un livre publié en 2006, Néanderthal, une autre humanité, (P.Perrin).

Plonger dans le Néanderthal, c'est plonger dans la démesure.

          1.-La démesure temporelle d'abord. La durée ne se mesure pas en années, ni même en siècles mais en centaines de milliers d'années. Les premiers groupes humains seraient arrivés en Europe il y a plus d' 1 million d'années (les plus anciens fossiles, en Géorgie, sont datés de 1,8 million d'années). Les ancêtres de Néanderthal auraient migré d'Afrique entre 700 000 et 500 000 ans. Ce peuplement se serait accéléré il y a 400 000 ans, 100 000 ans après, (aux alentours de 300 000 ans) les pré-Néanderthaliens sont les seuls à occuper l'Europe. Ainsi notre cousin Néanderthal serait né quelque part en Afrique, il aurait vécu 300 000 ans.   Les principaux caractères néanderthaliens paraissent acquis dès 350 000 ans, mais la mise en place définitive de l'architecture crânienne n'est réalisée que vers 130 000 ans. Vers 40 000 ans arrivent en Europe les premiers Cro Magnon, la coexistence perdurera environ 20 000 ans puis Néanderthal disparaîtra, laissant la place aux descendants de Cro Magnon que nous sommes.

 

Enfant néanderthalien
 Marylène Pathou-Mathis,
Néanderthal, une autre humanité

page 1 de couverture conception graphique Marie de Lattre

        
        Nous mesurons la relativité de ces nombres. 700 000 ans ? 500 000 ans ? une marge de 200 000 ans! On perçoit toute la valeur de cet adverbe "environ". Quelle conscience avons-nous de la durée de notre propre histoire ? Pour la plupart d'entre nous c'est celle héritée de notre scolarité, la date la plus ancienne étant matérialisée par la construction des pyramides, date  immortalisée par Napoléon qui aurait dit à ses soldats:" Du haut de ces pyramides, soldats, 40 siècles vous contemplent..." 3000 ans avant J.Ch auxquels nous ajoutons 2000 ans, soit 5000 ans BP.
(BP= Before Present = avant le Présent; le Présent étant une date fixée arbitrairement (1950), année de référence des premiers essais de datation au carbone 14).

          Comparons ces 5 000 ans aux  200 000 ! Comparons également ce que nous appelons l'étage néanderthal, 300 000 ans, à l'étage Cro Magon dont nous sommes issus, 40 000 ans: que serons-nous devenus dans 260 000 ans? Serons nous encore ? Et si nous sommes, serons-nous encore des Cro Magnon ? Car, nous  -Hommes modernes - issus de Cro Magnon, nous ne cessons d'évoluer comme Néanderthal n'a cessé d'évoluer, jusqu'à disparaître:
       Morphologiquement - la taille, par exemple. Nous avons eu l'occasion de restaurer une maison dont les fondations dataient du XVème siècle, elle avait subi des transformations aux siècles suivants, notamment les portes qui avaient été remplacées au début du XXème siècle, sauf deux d'entre elles qui avaient conservé leur  décor drapé du XVIème, je peux témoigner que nombre d'étourdis ont eu leur frontal douloureux ! Plus près de nous, l'examen des fiches signalétiques des conscrits prouve que la taille moyenne se situait entre 1,50m et 1,60m. Napoléon recrutait sa garde impériale parmi les géants: 1,70m. En ce début du XXIème siècle, les adolescents mesurent en moyenne 1,85 m.
        Culturellement - la condition féminine par exemple. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, la femme, au sein de la famille, était considérée comme un moule. Sa mission première était la maternité, car les enfants était source de main d'œuvre et une garantie pour les parents âgés. La mortalité des parturientes était considérable, notamment lors de leur premier accouchement. Aujourd'hui la procréation n'est plus considérée comme l'objectif premier d'une famille, la notion même de famille est remise en cause, la monoparentalité se banalise.
         Nous pourrions multiplier les exemples, ce n'est pas le lieu. Retenons qu'une durée de vie humaine est si infinitésimale que la notion même d'évolution est difficile à percevoir, mais que cette évolution existe bien - inexorable.


          2.- La démesure climatique, ensuite. Mais auparavant, feuilletons rapidement l'éphéméride de la Terre.

 

4,6 milliards d'années âge présumé de la Terre
vers 443,7 millions d'années sortie des eaux, premières plantes terrestres et premiers arthropodes
v.385 millions d'années premiers vertébrés terrestres
v.359     " insectes géants, premiers oiseaux, premiers arbres de grande taille
v.260     " extinction massive de 90% des espèces marines et 70% des vertébrés
v.250     " premiers dinosaures, premiers mammifères ovipares
v.200     " division de la Pangée
le golfe Thétis deviendra la Méditerranée
la Terre dans 250 000 millions d'années
 
v.160 millions d'années marsupiaux, premiers oiseaux, premières plantes à fleurs
v.145/112    " isolement de l'Afrique
v.99/70       " extinction des dinosaures, premiers mammifères placentaires
v.65/58       " premiers primates
v.55/37       " surrection des Alpes
v.23 à 7      " l'Homo se distingue du chimpanzé
ère quaternaire

                                                        
                                  1.- le pléistocène

En raison des oscillations périodiques de l'orbite de la Terre, c'est une succession, dans l'hémisphère nord, de périodes glaciaires, séparées par des périodes de réchauffement. La calotte glaciaire ainsi formée (inlandsis) peut atteindre dans sa plus grande épaisseur 3 km. Elle a pour conséquence de retenir l'eau et de faire baisser le niveau des océans (120 m lors de la dernière glaciation) et ainsi de favoriser l'émersion des plateaux continentaux: la mer du Nord, la Manche n'existent pas, ce qui a favorisé le peuplement de certaines régions. Autres conséquences:  l'arasement des reliefs et, inversement sous la poussée, des mouvements tectoniques verticaux en bordure de l'inlandsis.

En Europe 4 glaciations ont été observées:

1ère période de glaciation  : Günz                                 680 000 -  620 000   B.P.
      période interglaciaire  : Cromérien                        620 000 - 455 000
2ème période de glaciation : Mindel                              455 000  - 380/300 000
      période interglaciaire   : Holsteinien            380/300 000  - 200 00
3ème période de glaciation :  Riss                                   200 000 - 130 000
      
période interglaciaire   : Eemien                             130 000 - 110 000
4ème période de glaciation :
Würm                                 110 000 - 12 000

                                      2.-L' holocène
C'est la période interglaciaire qui suit Würm  la nôtre, celle que nous vivons, elle s'écoule depuis 12 000 ans jusqu'à aujourd'hui.
 
"Le plan de l'écliptique oscille, ce qui fait varier l'obliquité de l'axe terrestre par rapport à la normale de ce plan de 21,84° à 24,46° en 41 000 ans environ. Ces oscillations entraînent un déplacement des tropiques et des cercles polaire et modifient les écarts saisonniers" André Hufty, op.cit.

période de réchauffement interglaciaire (aujourd'hui)                période de glaciation, passée et à venir

 


Néanderthal a connu les deux dernières périodes glaciaires,  Riss-Würm et la période intermédiaire, Eemien. Pour un Africain, l'Europe glaciaire n'était pas un continent a priori favorable. Toutefois les ancêtres de Néanderthal sont arrivés dans une période de réchauffement, peut-être le Cromérien. Quand les glaciers reculent, la forêt et les plantes thermophiles réapparaissent. La grande diversité des biotopes (faune et flore) permet la vie et le développement. Quand  le froid glaciaire revient, il ne s'installe pas subitement mais progressivement. Sensiblement, la morphologie de Néanderthal s'est adaptée, comme l'est aujourd'hui celle des Inuits et des Lapons. La forêt peu à peu recule et disparaît, la steppe s'installe; au plus fort du refroidissement le désert s'installe, Néanderthal se refugie dans les fonds de vallée où subsistent encore quelques espèces arborées. La flore conditionne également la vie animale. Les espèces animales vont varier. Néanderthal adaptera ses méthodes de chasse. Nomade, il suivra les troupeaux dans leurs migrations à la recherche de meilleures pâtures.

    Que retenir de ces périodes de réchauffement et de glaciation qui s'étalent sur plusieurs dizaines de milliers d'années ? Elles seraient dues à l'oscillation périodique de l'orbite terrestre. Pouvons-nous y remédier ? Certainement pas, donc...(!) Nous sommes dans une période de réchauffement,  mais demain qu'en sera-t-il? Les écologistes s'alarment, "nous détruisons la planète", ils ont raison dans la mesure où l'on pourrait conserver un milieu de vie moins pollué, plus agréable à vivre, certes,  mais les sapiens que nous sommes peuvent-ils modifier les lois de l'Univers et ... l'oscillation de l'orbite terrestre ?

     Autre leçon à retenir: la pangée s'est disloquée il ya 200 000 millions d'années, les radeaux que constituent les continents poursuivent leurs dérives, les plaques tectoniques glissent, se brisent, modifient le socle terrestre, la lithosphère. L'océan Thétis s'est trouvé prisonnier, il ne reste plus qu'un grand lac, la Méditerranée; les deux continents Afrique/Europe poursuivent leur rapprochement, 1 mm par an, dit-on.(L'Atlantique, 1 cm-le Pacifique 18 cm) A l'échelle humaine, ce glissement des plaques est dérisoire mais il existe depuis des millions d'années, de temps en temps un séisme de magnitude ..(x).. secoue l'Italie, la Provence... Certaines villes portuaires médiévales sont aujourd'hui éloignées de plusieurs kilomètres du rivage. Qu'adviendra-t-il de la Côte d'Azur dans 1000 ans, ou demain peut-être ? L'Homme n'est qu'une espèce animale, parmi d'autres, même s'il se targue - ce qui est vrai - d'être l'espèce la plus évoluée, la plus intelligente...mais à l'échelle du Temps, est-il autre qu'un insecte, un éphémère ?

 3.- La démesure des recherches archéologiques. Nous sommes dans un contexte de recherches (préhistoriques) qui diffèrent totalement de la recherche historique proprement dite. L'écrit n'est pas la seule source de l'historien, mais c'est la plus importante. Pour le préhistorien pas de sources écrites. Tout en demeurant historien, le préhistorien est d'abord un scientifique. Force est de nous familiariser avec le vocabulaire technique scientifique.(cf. paléoanthropologie)

 

 

l'Homo neanderthalensis

Hominidé ayant vécu près de 300 000 ans (≈250 000 /≈ 28 000 B.P) avant de disparaître, pour ne pas avoir su évoluer au contact de son cousin homo sapiens.(Ce n'est pas la seule hypothèse, mais c'est la plus vraisemblable et je la privilégie)

l'origine .-
    
Homme fossile découvert en 1856, dans une grotte allemande (Feldhofer) surplombant la vallée de Neander, à 13 km à l'est de Düsseldorf.

l'évolution.-
     Descendant de migrants africains (homo ergaster), c'est en Europe que les traits morphologiques néanderthaliens sont les plus marqués. Leur mise en place est le résultat d'un long processus d'évolution qui aurait débuté il y a 500 000 ans mais ce n'est qu'à partir de 400 000 ans que l'on constate une accélération du peuplement. Au cours de cette longue période, Néanderthal aura vécu sous différents climats alternant des phases de glaciation et des phases de réchauffement, d'où une morphologie adaptée: la stature, les proportions relatives du tronc et des membres sont celles que l'on rencontre aujourd'hui chez les Esquimaux et les Lapons. Isolé climatiquement, Néanderthal le fut, de facto, génétiquement. Les principaux caractères paraissent acquis dès 350 000 ans mais l'architecture crânienne n'est définitive que vers 130 000 ans. Situation stabilisée vers 90 000 ans.

le portrait
  
"La silhouette d'un homme petit et trapu se découpe sous un ciel laiteux qui annonce la neige. Il a la démarche lourde, avec ses cuisses arquées et ses jambes courtes, mais décidée. Une sensation de puissance émane de tout son être. Lorsqu'il se rapproche, son profil triangulaire, dû à sa face projetée en avant, forme une sorte de museau des plus surprenant. Il a le teint clair des gens du Nord. Les forts bourrelets situés juste au-dessus des yeux et son front plat lui donne un air hautain et fier. Son regard perçant accentue encore son aspect viril. En grandissant, il a perdu son crâne arrondi, cette rondeur qui suscite une tendresse immédiate". (p.47).

Taille: h= 1,64m/1,68m   f=1,52m/1,56m.
Poids: h= au moins 80 kg   f=au moins 70 kg.
capacité cérébrale: 1245 cm³/1750  1520 en moyenne.
face "en museau" (large et haute, pommette saillantes, front bas, étroit, fuyant), pas de menton.
dents volumineuses, incisives larges, en forme de pelle, ne pouvant servir à couper, canines grandes mais pas plus longues que les incisives.
bras longs, mains à paume longue et grands pouces.
cuisses arquées, voûte plantaire bien marquée, orteils fortement musclés.
La force qui émane de Néanderthal= facteur essentiel de survie et de robustesse.

Le séquençage de l'ADN tend à prouver que Neanderthal et homo sapiens sont 2 espèces différentes; N* ne peut donc  avoir eu de descendants féconds avec sapiens.

Neanderthal grandissait (peut-être) plus vite que nous, mais son espérance de vie était plus réduite: beaucoup d'enfants mouraient avant d'atteindre 7 ans - passage à l'état adulte vers 15 ans - parmi les fossiles étudiés la plupart sont morts entre 16 et 35 ans. Aucune femme ne dépasse les 35 ans, quelques hommes ont plus de 40 ans, aucun n'atteint les 50.

l'artisan

" Demain est un grand jour. Les rennes sont revenus dans la vallée. L'armement doit être opérationnel. Neanderthal décide de fabriquer une nouvelle lance. Il doit d'abord tailler une pointe Levallois. Heureusement, il a pensé à stocker plusieurs pierres car la fabrication de ces pointes est coûteuse en matière première. Une seule pointe par pierre, c'est du luxe ! Il choisit un bon silex, bien homogène et facile à tailler. Celui-ci sera parfait, il "sonne bien". Pour protéger ses cuisses Neanderthal les recouvre d'un morceau de peau de bison. Dans sa tête se forme l'image de la pointe qu'il veut et se conçoit l'enchainement des différentes opérations pour l'obtenir. Il prépare le nucléus. A l'aide de son percuteur, un galet de rivière, il dégage sur toute la périphérie, par une succession de coups, une face légèrement convexe. Maintenant, il lui faut détacher du nucléus trois éclats pour créer le "triangle de base" et la "nervure-guide". C'est cette dernière qui guidera la fracture afin d'obtenir un éclat de forme triangulaire. C'est le moment délicat de l'opération, il change de percuteur, préférant au précédent, un peu gros, un petit galet plat. Ca y est, le plan de frappe est prêt. Neanderthal donne le dernier coup de percuteur, la pointe se détache. Ses bords sont très coupants, mais très fragiles; il faut le retoucher pour les renforcer. Neanderthal prend un nouveau percuteur, en matière plus tendre, celui-ci en buis ira très bien. Par petits coups bien orientés, il enlève des microéclats, le bord devient rectiligne et plus solide. La pointe est prête. Il doit l'emmancher. [Neanderthal saisit une branche longue, de bon poids, fait une entaille pour insérer la pointe]. Il fixe le tout avec un lien de cuir, puis trempe l'ensemble dans l'eau. Ainsi le bois va gonfler et, au moment du séchage, le cuir se rétracter. Sa lance sera prête pour demain" pp. 68-69 

   Le débitage consistait à débiter un gros bloc de pierre en plus petites unités: nucleus, puis éclats. La technique, dite Levallois, utilisée pour obtenir des éclats de grande dimension, remonte à 280 000 ans, selon les régions elle disparaît entre 40 000 et 32 000 ans. [La panoplie des outils était nombreuse] : racloirs, couteaux (souvent emmanchés) à dos, denticulés (sorte de petite scie qui servait à travailler le bois, ébrancher, écorcer, raboter), pointes (de lance) triangulaires, acérées, grattoirs de forme plus ou moins semi-circulaire, burins, perçoirs, dont la pointe est dégagée du support. 
   La fabrication de ces outils nécessitait des réservoirs de matière première, Neanderthal "pouvait faire plus de 50 km pour obtenir des roches de bonne qualité". Lorsque le gîte était près de son habitat, Neanderthal transportait la matière première dans son habitat, lorsque le gîte était trop éloigné, il organisait son atelier sur place, souvent organisé en postes de travail distincts, chacun correspondant à une étape  de la chaîne opératoire.
    Cette industrie ira en évoluant, entre 35 et 32 000 ans apparaissent des outils en bois de cervidés et en os; apparaissent également des éléments de parure sous  forme de coquillages marins et de dents animales. 
     Neanderthal n'a pas fabriqué que des armes, il a beaucoup travaillé le bois, frais ou sec, et confectionné des outils: bâton à fouir, pic ou pioche, percuteur, des récipients: coupes, bols, cuillers.

 

le feu

     "Quelque part dans une région froide de l'Europe, Néanderthal se réchauffe à la flamme des foyers. Il fait bon, la chaleur dégagée empêche l'humidité si pénétrante de la grotte de la transpercer jusqu'aux os. C'est ce matin que, muni d'une torche de genévrier, il a pénétré dans cette grotte sombre mais protectrice. Avant de s'y installer, il n'a pas oublié de brûler le sol pour le débarrasser des miasmes ambiants. Il ne redoute plus la tombée de la nuit, la lumière du foyer éclaire le campement. Lueur d'espoir, au retour de la chasse, de loin, il l'aperçoit, il ne risque plus de se perdre. Il se repose, tranquille, le foyer rougeoie, les prédateurs qui rôdent autour du campement n'oseront pas s'y aventurer, ils ont peur du feu. D'ailleurs demain, il faudra prendre quelques torches pour chasser; des bisons ont été aperçus broutant dans la plaine. Apeuré, pris de panique, le troupeau se disloquera; ainsi isolés, les plus vulnérables tomberont sous les projectiles des chasseurs postés en embuscade. Avant, il faudra passer les pointes des épieux en bois au travers des flammes pour les durcir. Néanderthal sait que le feu permet de mieux travailler la matière, le bois végétal, mais aussi les ramures des cervidés et les roches. La prochaine fois qu'il confectionnera ses outils, il fera éclater au feu de gros blocs de pierre et réchauffera quelques silex avant de les tailler. Mais il est temps de manger. Si ces ancêtres consommaient les plantes et les viandes crues, désormais Néanderthal savoure les aliments cuits." p.79

Le feu est connu depuis toujours (incendies/foudre, volcanisme, chaleur caniculaire, etc) c'est la maîtrise du feu qui est importante, elle a entraîné des modifications anatomiques, physiologiques et changé les comportements. La capture et l'entretien du feu étaient connus de l'homo ergaster (plus de 1 million d'années) mais "ce n'est que tardivement que l'homme est parvenu à fabriquer du feu" par percussion ou friction. Les plus anciens foyers dateraient de 450 000 ans (Bretagne). La cuisson des aliments a permis une alimentation plus riche et plus variée, un apport plus important d'énergie, ce qui a favorisé le développement du cerveau. Une fois maîtrisé, le feu a pu jouer un rôle dans les rites funéraires, c'est également autour du feu que le groupe se soude, que se transmettent les savoirs, les traditions, que se créent les mythes et légendes d'où un rôle culturel et social important.

 

le nomadisme

      Quelles que soient la période et la région, Néanderthal a campé près des ressources indispensables à sa vie quotidienne. L'eau, le bois de chauffage, le gibier et les gîtes lithiques, mais aussi  la vue, le degré de protection et, dans une grotte, la superficie disponible et son ensoleillement, ont influencé ses choix. Il dressait des campements de plus ou moins longue durée: camps de base saisonniers, camps temporaires, haltes de chasse. Probablement parce qu'il restait peu de temps au même endroit et qu'il occupait fréquemment les grottes et les abris sous roche, il a relativement peu construit de véritables habitations. Toutefois son espace domestique, surtout depuis 60 000 ans, était aménagé (dallage du sol, litières végétales, aires d'activités clairement délimitées.....)
    Comme tous les prédateurs, Néanderthal avait un territoire bien délimité, correspondant aux ressources en nourriture, à la densité du groupe humain, l'idéal étant atteint lorsque l'exploitation du site nécessitait la moins grande dépense d'énergie. Pendant les périodes climatiques favorables, il est probable que Néanderthal demeurait sur un territoire jusqu'à épuisement complet des ressources, avant de se déplacer vers un autre territoire; dans le cas contraire il s'adaptait aux migrations saisonnières des troupeaux. Dans tous les cas, le respect du territoire entre les différentes tribus était un compromis social inviolable; ce qui n'interdisait pas l'existence d'échanges, de savoir-faire techniques et donc de traditions sociales et culturelles.

 

la chasse

     La nourriture ( fonction biologique vitale) étant la préoccupation première, la chasse était l'activité sociale la plus importante de Néanderthal. Cette contrainte était modulée en fonction de la population à nourrir et de la disponibilité des ressources existantes. Néanderthal pratiquait le charognage, peut-être même -pour les hominidés africains- le seul moyen de se procurer de la viande. L'opération était difficile, il fallait guetter les signes extérieurs (vols de vautours, présence de hyènes, etc.), arriver avant les autres prédateurs nécrophages, consommer sur place ou dépecer rapidement pour transporter les quartiers, mais aussi la peau, les os, les tendons, etc.
      La chasse a probablement joué un rôle important dans l'émergence de l'homo. L'acte de chasse (poursuite, approche, affut) et ses conséquences ont favorisé le développement de l'intelligence (connaissance du gibier, de ses mœurs, de son anatomie (les endroits les plus vulnérables pour planter l'épieu) élaboration d'une stratégie en fonction de l'espèce chassée, etc), du langage (nécessité d'échanger des ordres précis par ex.) et de la culture (transmission du savoir, récits autour du feu, etc.). A la chasse aux gros gibiers, il faut ajouter la pêche, plus facile et demandant moins d'énergie. Le ramassage (coquillages) et la chasse au petit gibier étaient laissés aux femmes.
       L'armement était rudimentaire: armes de poing, bloc de pierre, massue en bois, "couteaux"(pierre emmanchée sur un morceau de bois court et épais), épieux, durcis au feu, armes de jet (surtout des lances de taille variée).
       Au paléolithique supérieur se développera un véritable armement, en os et bois de cervidés: pointes de sagaie, harpons et propulseurs..

En conclusion, " Parfaitement adapté physiquement et mentalement, Neanderthal a sans doute été le plus grand chasseur de tous les temps. La pratique de la chasse et les conséquences sociales qui en découlent le distinguent de ses prédécesseurs et le rapprochent de nous."

 

une pensée symbolique

         Il est possible, probable même, que Néanderthal avait une pensée symbolique: tatouages, vêtements, parures(colliers, diadème, pendeloques, boucles de nez ou d'oreille) n'ont pas qu'une valeur esthétique, ils revêtent une valeur sociale et symbolique. Des symboles aux rites il n'y a qu'un pas: Néanderthal était confronté aux grandes catastrophes naturelles toutes aussi angoissantes, il lui fallait trouver des réponses, des explications d'où l'instauration de rites pour obtenir la clémence des "cieux". Et des rites aux expressions artistiques il n'y a qu'un pas également. Toutefois  en l'absence de preuves archéologiques nous n'avons aucune preuve pour affirmer l'existence de cette pensée symbolique, mais pas davantage pour...l'infirmer.

 

la parole

          Néanderthal parlait : il n'y a pas de vie sociale sans langage. Mais quel langage ? Etait-il articulé ? Pour ce faire, il faut un certain nombre de structures anatomiques adaptées, notamment phonatoires, mais également certaines capacités structurales du cerveau nécessaires pour donner un sens aux mots et à la phrase. Il est probable qu'au langage mimétique (par gestes), avait succédé le langage phonétique (par cris) auquel succéda le langage articulé que  possédait Néanderthal même s'il faut admettre que ce langage était sommaire et s'est complexifié au cours du temps. Demeure le problème de savoir si les nombreux dialectes qui nous sont parvenus dérivent d'une seule langue mère, ou inversement, admettre une origine polyphylétique des langues. Chaque hypothèse a ses partisans, le problème n'est pas tranché.

 

la mort

à suivre

Sources:

Marylène Pathou-Mathis, Néanderthal, P.Perrin,2006.
André Hufty, Introduction à la climatologie, De Boeck,2001.
Alain Rey, Dictionnaire culturel du français, P. le Robert, 2005
crédit photos: wikipédia: www.mpl.ird.fr
                                         www.astrosurf.com/luxorion