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La   Néolithisation

 

paléolitique: pierre taillée

 

néolithique: pierre polie

 

Qu'est-ce que la néolithisation ? (1)
 

      C'est une mutation:  le passage du nomadisme à la sédentarisation, d'une vision du court terme au long terme, d'une économie de chasse et de cueillette à l'agriculture et à l'élevage, de communautés réduites, familiales, à des communautés villageoises complexes et hiérarchisées.

 

 
paléolithique
(âge de la pierre taillée)
depuis les origines de l'homme
jusqu'à - 10 000 ans environ
vision à court terme
nomadisme
chasse et cueillette
abris naturels
communautés réduites

 

  néolithique
(âge de la pierre polie)
-
10 00 > - 2 000
apparition du métal
vision à long terme
sédentarisation
agriculture et élevage
maison
communautés villageoises complexes et hiérarchisées
explosion démographique
     

     
      La néolithisation du Proche-Orient s'est déroulée en trois étapes de -11 000 à - 7 000., avec des phases de "développement rapide, des arrêts suivis de pauses plus ou moins accusées et des reprises dans le redéploiement". L'implantation des premiers fermiers en Grèce (vers - 6 000)  se poursuivra après un léger ralentissement le long des côtes de la Méditerranée.
      La sédentarisation ayant favorisé un essor démographique considérable, l'estimation de la population est un critère acceptable et révélateur d'une évolution révolutionnaire.
     
fin du paléolithique - 10 000 av.J.C. 3 à 5 millions d'habitants
révolution néolithique - 5 000 av. J.C. 20 millions d'habitants
début de l'âge du fer - 2 000 av. J.C. 100 millions d'habitants
     
        Des populations de chasseurs-cueilleurs perdureront et parviendront jusqu'à nous (1). Quant à la néolithisation, elle ne répond pas à une progression uniforme et universelle: elle  est née dans des foyers différents, à des époques différentes, sans qu'il y ait eu interférences entre ces foyers.  Ces foyers indépendants  se caractérisent par une céréale particulière: le blé au Proche-Orient, le riz en Asie, le maïs en Amérique. Ces différences à la naissance expliquent l'origine de civilisations  et de langues particulières. En ce qui nous concerne, notre néolithisation (européenne) commence au Proche-Orient (carrefour de l'Afrique, de l'Asie et de l'Europe)  vers - 10 000; elle  se terminera vers - 2 000 par un nouveau progrès, la métallurgie, et par l'apparition des villes. (2)


          L'apport premier du néolithique est évidemment la maison puisqu'elle la fonction même de la sédentarité. D'abord construction semi-circulaire adossée à un talus qui lui donne la solidité, la maison apparaît comme un asile de repli, un camp de base,  quand la communauté, reprenant  ses expéditions saisonnières de chasse et de cueillette, n'est que semi-sédentarisée. Définitivement ancrée, la maison s'émancipe d'un appui occasionnel,   devient circulaire avant que n'apparaissent des  pans rectangulaires, une fois acquise la technique du chaînage rendant les murs solidaires.
          Toutefois ce n'est pas l'architecture qui est importante mais la modification des comportements qu'elle génère. La néolithisation n'est pas seulement la domestication des végétaux, celle des animaux, c'est aussi celle des humains. La maison est un espace clos, restreint,  qui circonscrit les activités de chacun: chauffage, cuisine, stockage, repos; elle est contraignante, elle incruste dans le psychisme des codes de comportement: respect, considération, hiérarchie, ordre... et cette contrainte est tout aussi opérante à l'extérieur, elle conditionne des relations de coopération, d'équilibre avec le voisinage.
          Enfin, quand la technique donnera à la maison une vie pérenne, elle sera lieu d'histoire, elle évoquera dans l'esprit de chacun la naissance, l'enfance, l'image de la mère, du père, elle agira comme un sceau sur les esprits: un enfant élevé dans une demeure cossue et un enfant élevé dans une chaumine misérable auront-ils la même vision du monde et, par ce fait, un même comportement social ?

         Corollaire,  maison implique espace privé , communauté implique village, espace civil,  socialisation et hiérarchisation. Ces villages à vocation uniquement agricole ne regroupent que quelques maisons, retranchées ou non derrière un simple fossé ou une modeste palissade, moins par souci d'une protection bien dérisoire que pour délimiter un espace communautaire. Au-delà du village s'étend le "territoire", les terres mises en culture, les terres en jachères, le tout délimité par la forêt. Quant aux sépultures, elles sont placées à l'écart, sur les hauteurs, témoins et gardiennes de la communauté.

        Précisément, la sédentarisation  va s'accompagner d'un essor démographique.  La société évolue, les villages deviennent de plus en plus importants, une hiérarchie sociale se met en place, l'ancêtre devient la marque identitaire du groupe, la notion de lignage apparaît.  Et c'est alors que se développe le mégalithisme: tumulus, dolmens, menhirs.

 

Un exemple de néolithisation: la forêt de Bardelle (Poulaines)

 

       Ce mégalithisme, très actif à l'orée de ce que nous avons dénommé la forêt de Bardelle, perdurera un millier d'années, entre - 3 500 et - 2 500 ans. Après 2500, peut-être pour des raisons plus pratiques qu'idéologiques (impossibilité d'inhumer d'autres corps dans cet îlot communautaire parvenu à saturation, malgré les réductions et les regroupements d'ossements) le mode de sépulture redeviendra individuel (3). Le mégalithisme montre ainsi à quel point la Champagne berrichonne, dès le 3ème millénaire,  était peuplée et convertie à l'agriculture. Une agriculture qui, favorisée par le progrès des techniques (joug, araire, véhicules à roues),  va exiger  - le territoire cultivé n'étant pas extensible - de nouveaux défrichements, de nouvelles mises en culture. Dans ces conditions, les premières clairières dans la forêt primitive (Buxeuil, Chambon, Veuil) ne pourraient-elles pas être datées de cette époque, la fin du néolithique, ou du moins du début de l'âge de Fer? Quant à l'urne funéraire exhumée sur les hauteurs, loin du village, mais malencontreusement détruite, toutefois datée du IIème siècle de notre ère en raison de la présence à Chambon d'une villa gallo-romaine, ne pourrait-elle pas  témoigner elle-même d'un passé beaucoup plus lointain  ?


Chambon
 

        Dater la fondation de Chambon de la fin du néolithique n'est pas une aberration, les 4000 à 4 500 ans, qui se seraient écoulés jusqu'à nos jours, ne représentent pas un temps considérable à l'échelle de l'évolution. Entre la fondation et le 1er siècle avant notre ère, les Chambonnais auront alors acquis la maîtrise de la quasi totalité des terres situées dans la partie sud de l'actuelle commune et feront barrage  à la romanisation des "sénateurs", comme nous aurons l'occasion de le montrer. Si la partie  située à l'est entre le ruau et l'Arnon demeurera, longtemps encore, le domaine de la forêt, la partie ouest, entre le ruau et le Bardelat, sera peu à peu colonisée, une première clairière située sur le plateau (le Petit Chambonnais) sera poursuivie vers le nord (le Grand Chambonnais), avant de se prolonger vers le sud, plus tardivement, sur des terres ingrates (St-Vincent). Cette colonisation, achevée au 1er siècle av.JC. n'aura pu s'opérer que très lentement.

        Cette lenteur s'explique aisément. Les progrès techniques: domestication des bœufs, attelage, araire sont inconnus des pionniers de Chambon, le métal ne connaît pas encore son heure. Il faut essarter avec des cognées en pierre polie, dont on peut imaginer  la fragilité.  Le feu est le premier auxiliaire du paysan de cette époque, il permet de venir à bout des racines les plus difficiles à extirper et, surtout, il produit  la cendre qui allège et fertilise le sol. Il faut ensuite retourner la terre, creuser un sillon, enfouir les graines, et pour outil, utiliser le plus rudimentaire d'entre eux : le bâton!  Le  bâton à fouir dont l'extrémité peut être renforcée par une lame en silex ou un bois de cervidé. La moisson se fait à l'aide d'un silex cranté, le battage à l'aide d'un fléau dont le principe est demeuré jusqu'à notre XXème siècle: deux bâtons reliés par une courroie en cuir.

         Non seulement les procédés culturaux sont hasardeux mais les récoltes,  soumises aux aléas climatiques et à la sauvagine toute proche dans la forêt contiguë, le sont tout autant. C'est pourquoi, le cultivateur, le paysan, demeure chasseur-cueilleur pour assurer la subsistance de la famille et accessoirement protéger les récoltes (4).  Vient l'année où la répartition des sols est enfin équilibrée entre jachères et terres à ensemencer, où les conditions climatiques sont excellentes, où -enfin- la production devient excédentaire. Les réserves faites, il faut vendre, monnayer sa richesse, le chef de famille doit nouer des contacts avec l'extérieur, il prend une dimension supérieure, acquiert une autorité faite de considération. La richesse induit un accroissement de la famille, le temps est venu d'essaimer. Comme le feront des millénaires plus tard les moines, un grand frère, habile et respecté,  regroupe quelques volontaires et part défricher une nouvelle clairière, et ce sera le Petit Chambonnais. Il demeure solidaire de la fratrie qui elle-même gagne en importance numérique et économique (famille, clan, tribu, peuple, état).

         D'égalitaire, la relation devient verticale, hiérarchisée: la petite communauté se dote  d'un maître pour la représenter à l'extérieur; quand naîtront  les difficultés, ce maître, ce chef  implorera au nom du groupe l'ancêtre défunt, connu de tous; puis remontant le temps il implorera des ancêtres éloignés, inconnus, mais dont le souvenir s'est transmis magnifié et d'échelon en échelon il parviendra lui-même au sommet de la pyramide religieuse: il est le messager des dieux, respecté et craint. Peu à peu la société agricole secrètera trois fonctions: religieuse (les prêtres), protectrice (les guerriers), productive (les travailleurs).

 
Situation de la clairière de Chambon et.........
 

le "village", [V] probablement quelques maisons, se tient à l'écart des terres mises en valeur, là où le val se resserre, à proximité d'un ruau, dont le cours est facile à retenir, et de plusieurs sources (encore visibles sur le cadastre napoléonien), sources qui, non seulement fournissent une eau pure, mais dispensent de creuser des puits,  exercice difficile et périlleux.

 le ruau de Burlin: l'hydronyme est celtique:
berula>burla>burlin = où pousse du cresson
l'hydronyme s'est maintenu jusqu'à nos jours
 

Il est probable que l'urne [U] n'était pas isolée, la "nécropole" placée sur une hauteur veillait sur la communauté des vivants.

 

                                                                ...... colonisation.
 
Situation de Chambon dans la forêt dite de Bardelle et ses extensions:

[P]= le Petit Chambonnais
[G]= le Grand Chambonnais

 

notes
 

1.- Le Japon, par exemple, refusa pendant plusieurs millénaires l'introduction de la    riziculture, pratiquant une économie basée sur la cueillette et l'exploitation des ressources aquatiques, la néolithisation sera concomitante à l'introduction de l'industrie des métaux; l' Australie, autre exemple, demeure une terre de chasseurs-cueilleurs, jusqu'à l'arrivée des Européens au XVIIIème siècle; et nous avons tous en mémoire, par medias interposés,  l'épopée du Far-West, la conquête de l'ouest des grandes plaines américaines sur les Indiens chasseurs de bisons.

 

2.- La néolithisation est inscrite dans la symbolique biblique:
     Pour la première génération (Adam et Eve)  la terre (paléolithique) était un paradis ; il suffisait de se baisser ou de lever les bras pour se nourrir, les sources fournissaient l'eau  et la pêche apportait la nourriture carnée nécessaire à l'équilibre biologique. La nature elle-même offrait des abris naturels pour se reposer et se mettre à l'abri du froid, de la pluie, du soleil.
     La seconde génération (Abel et Caïn) (néolithique) est celle issue du péché originel. L'Homme prend en mains son destin, il n'est plus immergé dans la Nature, totalement dépendant, il se situe au centre de la Nature qu'il entend diriger, soumettre à sa volonté : il déforeste, gratte le sol, domestique les  espèces végétales,  provoque par croisements des mutations génétiques; parallèlement il domestique les animaux pour mieux les asservir; en un mot, non seulement il bouleverse l'œuvre de Dieu, mais en œuvrant, en créant, il se prend lui-même pour Dieu.  Péché d'orgueil. La punition est immédiate, l'homme pour   survivre doit travailler à la sueur de son front et la femme enfante dans la douleur. Pire, la répartition des tâches crée des antagonismes:  Caïn, l'agriculteur,  ensile, capitalise sa    production végétale; Abel, le pasteur en fait tout autant avec son bétail; les profits, inégaux selon les aléas, provoquent des jalousies, des comportements déviants (vol, destruction du capital (récoltes, bétail) etc.), l'homme devient hostile à l'homme, Caïn tue Abel. La guerre est née. (Enoch, le neveu, fils du petit dernier (Seth), représentera la troisième génération: la métallurgie et la ville)

 

3.- Comment ne pas faire le rapport avec la situation actuelle et le retour de plus en plus généralisé à l'incinération. Basculement idéologique: perte du respect dû aux vieillards devenus inutiles, sinon  grabataires et déshumanisés; éclatement des familles, désormais éloignées du berceau familial ? Ou bien, plus simplement, par nécessité pratique : la saturation des cimetières ?

 

4.- Et il le demeurera jusqu'à nos jours. Naguère, l'intérieur de la pièce principale d'une exploitation agricole, c'était la cheminée et au-dessus, le râtelier et le fusil; sans oublier, pendus à un clou dans la grange, les collets (bien qu'interdits) prêts à l'emploi.