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 la forêt primitive

 
 

Qui dira le sentiment qu'on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde...?                                                                                                       Chateaubriand

 

Si l'on jette un regard sur la physionomie de la terre de Gaule, les deux grands traits qui apparaissent d'abord de cette physionomie sont la forêt et le pâturage (...) sur les vastes plateaux et les terres ondulées du centre et de l'ouest s'étendent à perte d'horizon les dômes épais des gigantesques chênaies, mêlées de châtaigniers et de hêtres.
                                                                                      H.Martin, Histoire de France,Furne,1864

formation:

pré-boréal -10 000 /-9 000 Le niveau des mers remonte, climat de type Scandinavie-sud actuel.
Une forêt de pins et de bouleaux s'installe très lentement.
     
boréal -9 000 / -7 500 Le niveau marin continue de remonter et les eaux sont fraîches.
L'événement majeur (vers
- 8 000) est l'ouverture du détroit du Pas-de-Calais. Les étés sont chauds et secs et les hivers rigoureux. La forêt de pins sylvestres s'étend et le bouleau régresse. Vers la fin de cette période apparaissent le chêne et l'orme. La période sèche (vers-7 500) permet la remontée d'une végétation méditerranéenne dont le chêne pubescent.
     
atlantique -7 500 / -4 500 Le niveau de la mer atteint -6 à -4 m. Le climat est chaud et humide avec une température moyenne supérieure à l'actuelle. Une forêt dense est en place où dominent le chêne, le tilleul et l'orme. Cependant vers  5 000 av. J.-C.  apparaissent, remontant les cours d'eau, des groupes humains se consacrant à l'élevage puis à l'agriculture. Ces hommes vont détruire la forêt pour aménager, près de l'eau, des pâturages.
 
     
subboréal -4 500 / -2 700 Le niveau marin a tendance à baisser. Une période plus froide et plus sèche s'installe. La chênaie régresse ainsi que l'orme et le tilleul.  Pins et aulnes se maintiennent.
     
subatlantique -2 700 /aujourd'hui Le niveau de la mer oscille autour du niveau 0. Le climat est plus humide, marqué par des hivers parfois rigoureux. La forêt est une chênaie-charmaie défrichée.
Les armées de César à la conquête de Gaule, tracent des chemins stratégiques. Le pâturage et la présence de l'homme propagent volontairement ou non, les chénopodes, l'amarante, le sureau, l'orge, le chanvre, le lin
   
     

définition - historique du Boischaut-nord du Berry :

     Une forêt  est une association de végétaux comprenant des arbres et un sous-bois; elle est dite primaire quand son équilibre est soumis aux seules conditions du milieu naturel: sous-sol , sol , climat , vie animale et micro-organismes, quand elle n'a pas connu d'intervention humaine, ou qu'elle s'est elle-même régénérée.
     Les essences, au néolithique, étaient, en règle générale, les mêmes qu'aujourd'hui: les principales espèces de chênes, l'érable, le bouleau, l'orme, le saule, le platane, le hêtre foisonnaient , le buis pouvait atteindre  une hauteur inaccoutumée (cf.Buxueil = la clairière de buis)...toutefois, le châtaignier semble avoir été importé.
       Les bois et les forêts qui occupent le territoire de la zone que nous étudions (Boishaut-nord du Berry) ne sont plus que des lambeaux de cette forêt primitive, mais, bien qu'ils aient été domestiqués par l'homme, ils n'en demeurent pas moins un vivant témoignage : forêt de la Vernusse, de Vatan, de Garsanland, de Gâtine, bois d'Hableau, de Connets, de Bouges, de Levroux, de Romsac, de Moulins.
       La déforestation s'est opérée lentement, avec des périodes actives et des périodes de régression pendant lesquelles la végétation réoccupait à nouveau les espaces déboisés sous forme de landes, appelées brandes : bruyères, genêts, fougères. Commencée au néolithique (présence des premières clairières) la déforestation s'est poursuivie à l'époque gallo-romaine, puis au XIIème siècle et au XVIème siècle. Au XVIIème siècle le paysage était sensiblement le même qu'aujourd'hui. Au pays de bocage, petites vallées aux pâturages verdoyants, naguère  séparés par des haies vives (les bouchures) et des chemins creux (les traînes) s'oppose au sud-est du boischaut, un paysage de campagne (ou champagne), vaste plateau ondulé s'étendant à perte de vue, domaine de la grande culture, où l'arbre est rare, sinon absent.
        Parmi les conséquences de la déforestation, notons la disparition des sources. Les courbes de niveau sur les cartes au 1/25 000ème mettent en évidence les nombreux oueds qui ont couru, creusant des vallons, oueds aujourd'hui disparus. Il est notoire que si l'on reboise, les rosées deviennent plus abondantes, le sol plus humide (mousses, champignons), de petites sources réapparaissent et avec le temps leur volume augmente.

                                                                                                                          à suivre

notes de lecture

 

La forêt, son "horreur sacrée", sa fraîcheur et sa grâce, son silence et ses voix, son éternelle jeunesse, à chaque printemps ressuscitée, ses noires futaies de chênes,  où vaticine le dieu de Dodone, sa clairière de Némi (...) ses enchanteurs, ses fées, ses sorcières et ses korrigans, la forêt a toujours hanté l'imagination des hommes, et les hommes à leur tour, l'ont peuplée de leur rêves, de leurs terreurs ou de leurs nostalgies.                                                                            Genevoix. Forêt voisine. (in Robert)

 
 
La disparition des forêts se lie intimement aux progrès de la civilisation.
                                                                                       

L'homme des bois, l'habitant des forêts est devenu le type du sauvage, tant il est vrai que la disparition des forêts apparaissait comme l'œuvre de la civilisation. (id)
    
 Le Moyen Âge représentait le sauvage sous la figure d'un personnage velu et hideux commis à la garde des châteaux enchantés, des grottes mystérieuses que l'imagination populaire supposait exister dans la profondeur des solitudes ombragées (id)
    
Quand la paix avait enlevé aux soudards un motif légitime de guerroyer, ils formaient des bandes pillardes qui s'embusquaient dans les bois (cf;Robin Hood)(id)
    
 Les forêts par leur esprit lugubre, leur caractère silencieux, les arbres, par la majesté de leur port, la longue durée de leur existence, entretenaient dans l'esprit superstitieux des premiers hommes un profond sentiment de crainte et de vénération (...); les végétaux arborescents sont adorés comme des divinités, ou du moins regardés comme leur demeure. (id)
     
 De nombreux témoignages fournis par les plus anciennes traditions de tous les peuples confirment l'existence du culte des forêts, des bocages et des arbres que tant d'idées et de convenances tendaient à perpétuer. La Bible nous parle du culte rendu dans les bocages (cf. Judith III,2) (id).
 Judith: Holoferne détruisit leurs villes et coupa leurs bois sacrés. Car Nabuchodonosor lui avait ordonné d'exterminer tous les dieux de la terre, afin que lui-même fût seul appelé dieu par toutes les nations que la puissance d'Holoferne pourrait soumettre.
(Holopherne, général de Nabuchodonosor, sera décapité par Judith)
     
 Toutes les populations indo-européennes ont été dendrolâtres. (cf Dodone, une forêt de chênes consacrés à Zeus. (id).Dodone le plus ancien oracle de Grèce, situé en Epire et dédié à Jupiter. Les réponses de cet oracle étaient rendues par de grands chênes ou par des hêtres. La volonté du dieu se manifestait par le vent soufflant à travers les arbres, et, afin de rendre les sons plus sensibles, des vases d'airain étaient suspendus aux branches, qui, agitées par le vent, se heurtaient entre elles. Les sons étaient interprétés d'abord par des hommes, ensuite par des femmes âgées. (Cet oracle fut supplanté par celui de Delphes)(cf. Oedipe à Colone-Sophocle).cf.Ovide Fasti III,266-267:"Aux arbres de ce bois, les dévots allaient suspendre des tablettes votives."
    
  Les Latins donnaient à ces divinités le nom de faunes, sylves. cf. le culte de Sylvain. Pline nous apprend que le culte des arbres était très vivace dans les campagnes. Ce fut un de ceux que les apôtres du christianisme eurent le plus de mal à déraciner.(id).
     
 Les forêts enchantées occupent une grande place dans le merveilleux des épopées des temps de la chevalerie. (id)
    
  La fête de plantation des mais se rattache (...) à ce culte fétichiste. cf. culte de le Vierge. cf.les dolmens.
     
 Les habitations se trouvaient d'ordinaire au voisinage des bois...
les habitants fertilisaient le sol avec la cendre des arbres..
     
 Sur les frontières du territoire des cités, le sol gardait dans toute leur épaisseur ses antiques ombrages. Les forêts formaient entre les territoires de véritables frontières, comme un espace neutre, car, à cette époque, les nations n'avaient pas l'habitude de tracer avec la rigueur d'aujourd'hui la ligne de démarcation de leur domaine respectif.
     

 

Bibliographie

A.S.C.E. Chantilly, nd. net.
Dictionnaire culturel, ss dir. Alain Rey. P.Robert, 2005
Martin (Henri), Histoire de France, P.Furne, 1864
Maury (Alfred), Les Forêts de le Gaule, P.lib.phil. Ladrange.1867 repr.de Bonnot,1994