retour portraits

 

Jean Rioland
(  fils )

(Cf. note, sous titre,  Jean Rioland, père)

extraits de :
Claude Rioland, Johannis Riolanus pater et filius, la médecine au XVIè et XVIIème siècles
(à paraître)

 

          

Les débuts- cursus

 Né à Paris le 20 février 1580, Jean est le fils aîné du médecin Jean Riolan,  Doyen de la Faculté , et de Anne Pietre. Jean ne fut baptisé que deux ans après sa naissance,  le 22 janvier 1582 ;  on peut noter que l'attachement à la religion catholique devait être fort tempéré par la famille maternelle des Pietre, huguenots, - le grand-père Simon ayant failli être massacré dans la sinistre nuit de la Saint-Barthélémy ( 23 - 24 août 1572 ), fut sauvé par Jean Rioland (père).

       Jean bénéficia très jeune des leçons médicales de son père.
       Alors qu'il était  élève, Jean Rioland fut chargé du rôle d' "archidiacre" des écoles. Nous dirions aujourd'hui qu'il "encadrait" les travaux de ses condisciples étudiants, il était chargé entre autres des dissections et des démonstrations d'anatomie;  la tradition rapporte qu'il "s'en acquitta d'une manière distinguée"

        Nous connaissons assez bien son cursus: c'est "le samedi précédant le 4ème dimanche avant la quadragésime de l'année 1602... "qu'il revêtit la robe longue et se coiffa du bonnet carré pour assister à la supplique d'être admis aux examens du baccalauréat; il soulignera la nécessité incontournable d'étudier les sciences naturelles pour aborder la médecine. 
         L'année suivante, le 15 mai, il soutiendra sa thèse cardinale sous la présidence du docteur Albert de la Fosse. "Estne parotis juventibus quam senibus periculiotior ?" (la parotide n'est-elle pas plus dangereuse pour les personnes jeunes que pour les vieillards?) Mais le grade de licencié ne lui sera décerné qu'après une 2ème et une troisième "quodlibetaire" , dont nous ignorons les thèmes. (Comme le nom l'indique, il s'agissait de sujets libres, choisis par l'étudiant lui-même et qui donnaient lieu à des contestations sans fin; devenu péjoratif, l'adjectif a fait place au nom: quolibet) 
         Il fut enfin admis à soutenir sa thèse de doctorat le 1er juillet 1604; la séance était présidée par son oncle Simon Pietre, les deux sujets imposés avaient été choisis par maître Akabia et Pierre Seguin: "An coma prolixa salubrior de tonsa ?" et "An coma defluens lethalis ?" (Deux sujets qui font sourire à plus d'un titre mais qui soulignent l'abîme qui sépare la médecine du XVIème siècle et celle d'aujourd'hui: " est-il plus sain de porter des cheveux longs que des cheveux tondus ?" "la perte des cheveux peut-elle être une cause de mort?"
        


à l'âge de 45 ans, tel qu'il
apparaît dans son "anthropographie" éd.1626

 La Faculté de Médecine était des plus modestes. Sa création datait de 1472, elle était due à la générosité du médecin de Charles VII, Jacques Despars,  qui avait fait don de 300 écus d'or avec lesquels une vieille maison avait été achetée aux Chartreux, au bourg de la Bûcherie.  Riolan père, comme beaucoup d'autres maîtres, enseignait chez lui " au parvis Notre-Dame, en une maison, où il y avait eu des étuves, entre l'Hôtel-Dieu et la Maison de l'Evêque". En 1617, le Parlement décida que la totalité des rétributions  prélevées sur les droits scolaires serait consacrée à la construction d'un amphithéatre; Jean fils, put, cinq ans après, y donner son premier cours, non sans mal : cette inauguration ranima la colère des chirurgiens, une troupe en armes envahit la salle, maltraitant et blessant au passage l'assistance, enleva le cadavre et le traîna dans la rue!

 Fils d'un Doyen, neveu de Simon et de Jean-Pierre Pietre qui furent aussi de grands doyens, Jean Riolan fils n'eut aucun mal à se faire reconnaître de ses pairs. Dès 1604, date où il soutint sa thèse,  il succède à P.Pousson à la chaire de Médecine. Il fut ensuite  nommé médecin ordinaire du roi sous  Henri IV, fonction qu'il conserva sous Louis XIII. En 1632, il devint premier médecin de la Reine Mère (Marie de Médicis) qu'il suivit  en exil et à qui il restera fidèle jusqu'à sa mort, survenue à Cologne en 1642. C'est au cours du séjour de la Reine-Mère à Londres que Jean dut revenir précipitamment à Paris pour "se faire tirer une grosse pierre de la vessie: l'opération en eut faite hier matin" (5 octobre 1640) (P,I,68) . Il subira une deuxième opération, l'année suivante (24 octobre 1641)"l'anatomiste fut hier taillé de la pierre, on lui en tira deux" (P.I.86) (P. renvoie aux Lettres de Guy Patin, ( protégé de Jean Riolan à qui il succédera ), publiées à Paris en 1846, chez J.B.Baillière, édition Reveillé-Parise; I renvoie à la tomaison et 68 à la pagination)

           De retour à Paris, il retrouva la chaire d'Anatomie, de Botanique et de Pharmacie, que Du Laurens, premier médecin d'Henri IV,  avait  créée pour lui et qui lui avait été attribuée en 1613.
           Patin disait de lui qu'il était :
                            " fort laborieux et le meilleur homme du monde", 

                            
" notre maître à tous, tant que nous sommes" , 
qu'il était estimé par toute l'Europe. Brillant orateur, possédant une érudition inégalée, il fut pour ses contemporains, "le Prince des anatomistes", Bartholin l'appelait "le plus grand du monde", et dans le "Tableau de la Faculté" Hazon le plaçait en tête des "coryphées" du XVIIème siècle. Là s'arrêtent les hyperboles.

  

                                 Son oeuvre

Avec son front dégagé, sa grosse tête, Jean Riolan était  certainement un habile anatomiste, un "puits de sciences" comme on dirait aujourd'hui, mais il était, tout aussi certainement, trop imbu de lui-même; nourri de galénisme par son père, il n'était pas question pour lui de remettre en cause le socle même de ses connaissances; ajoutons un fort mauvais caractère, colérique, (Guy Patin, qui lui est resté fidèle en amitié, reconnaissait qu'il avait un caractère difficile et "pichrocole" (sic))  il prenait probablement plaisir à polémiquer.
       
" (il) voudrait que tout le monde écrivit contre lui , comme a fait depuis  peu M.Harveus à Londres, qui lui a contredit par un petit livret qu'il lui a dédié et envoyé; il se dispose à y répondre."
 (P;II.537)
       
" M.Riolan est fort mordant naturellement; ne vous étonnez pas s'il traite mal et rudement ceux qui par ci-devant ne l'ont point épargné, sauf à eux de se défendre".

 

 

  En 1641,le problème lié à l'antimoine (antidote ou non) soulève une violente polémique; Jean prend position pour Moreau contre Théophraste Renaudot, le "gazetier" protégé du cardinal de Richelieu.
            " Les chimistes antimoniaux de la cour ont ici tué depuis huit jours, (...) une madame de Gazeau, fille d'un maître de comptes; elle était âgée de trente ans et grosse. L'antimoine que lui donna des Fougerais la fit accoucher d'un enfant de cinq mois, et pourir peu d'heures après, et foetum; un Monsieur de Mirepoix, que M.Riolan et M.Maurin traitaient au grand vitupère de ce poison. M.Riolan a dessein de mettre bientôt sur la presse un traité qu'il achève, "De usu emeticorum" (de l'usage des vomitifs) , où il parlera contre l'antimoine. (P.II-63, décembre 1650)
         La même année, 
                "il donne une touche à   Waleus, professeur à Lyon et à Jean Veslingius de Padoue mais (...)  Il avait grande espérance que J.Waleus, qui n'avait pas encore quarante ans, lui répondrait, mais il est mort à Leyde de l'antimoine même duquel il en avait tué plusieurs autres; (quant à Veslingius) il est mort en douze jours d'une fièvre continue, âgé de quarante huit ans, pour n'avoir été saigné que deux fois fort petites le dernier jour d'août. (P.I.164-166). 

        
  A propos de "l'anthropographie", 
                 "il est assez bien étoffé et fort agréable en tout ce qu'il contient, si ce n'est quand l'auteur est en colère et qu'il mord Bauhinius, Parisanus, Hoffmanus, Bartholinus et autres avec lesquels il ne veut point de quartier, prétendant avoir raison de se plaindre d'eux et de les maltraiter ainsi."

           Il est évident que ces polémiques lui attiraient des répliques tout aussi violentes, comme celles venues de Montpellier et contre lesquelles s'élève Patin avec tout autant d'acrimonie que l'aurait fait son maître:

             "Enfin la réponse est venue de Montpellier, ou d'ailleurs,, contre les curieuses recherches de M.Riolan, sous le titre de Seconde Apologie de l'Université en médecine de Montpellier C'est un livre infâme pour les injures, calomnies, impostures, ignorances et faussetés qu'il contient; je ne vis jamais un si misérable pot-pourri, ni si indigne de gens qui veulent être réputés habiles hommes. Je ne sais qui en est l'auteur, je pense que plusieurs y ont travaillé, mais il y a bien de l'ânerie (...) Quiconque l'a fait n'est point médecin et ne sut jamais le fin mot du métier. Quelqu'un parlait de le faire saisir et d'en empêcher le débit; j'ai été d'avis contraire, vu que ce livre publie, avec grand avantage de notre Faculté, l'infamie et l'ignorance de ceux dont il entreprend la défense. Ceux de Montpellier n'accroîtront point leur réputation par ce livre-là, qui est très capable de les discréditer encore plus qu'ils ne le sont. Si Courtaud ne peut faire mieux à l'avenir, il fera mieux de se reposer, en continuant de chercher le grand secret des philosophes en ses fourneaux; j'entends de chimistes et des faux-monnayeurs." (13 juin 1654. I.204)

        
Il polémiqua entre autres avec Théophraste Renaudot, protégé de Richelieu (P.I.78) Incapable de pardonner et préférant perdre un ami plutôt que de se déjuger Jean Riolan ne sut pas jeter un regard critique sur les "idées nouvelles", il s'enferra dans un passéisme condamnant toute évolution de la médecine. "M.Riolan est un tétrique (qui est "d'humeur noire", maussade) et mordant qui ne trouve bien que ce qu'il fait" (P.I.80)

          
  
 "Sur toute chose ce qui me plaît en lui et en quoi il suit mon exemple, c'est qu'il s'attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n'a jamais voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine" fait dire Molière à Diafoirus dans le Malade imaginaire. Cruelle,  la charge du dramaturge est irrésistible de drôleries, mais par son côté excessif, elle est  facile, sévère et injuste.

             
- Facile, car en 1673, date de la première représentation, la théorie de la circulation du sang est définitivement admise. Molière ne prend aucun risque.

               - Sévère car Jean Riolan mérite quelques excuses, et elles étaient de taille,  la Faculté tout entière le soutenait dans cette opinion, et pas seulement à Paris (Harvey rencontra une forte opposition en Angleterre et vit même ses malades l'abandonner!) ; à Paris, Guy Patin aiguisait, virulent, sarcastique, la combativité de Jean Riolan; le Parlement, lui-même alla jusqu'à prendre un arrêté condamnant .... toute entorse à la doctrine d'Aristote (!) Ajoutons également le nombre important de chimiatres, de métallurgistes, d'alchimistes s'engouffrant dans ces "idées nouvelles" (où se mêlaient pêle-mêle mysticisme, superstitions, sorcellerie) , tous, charlatans, qu'il fallait bien écarter. 
                 
 "Nous voyons à grand regret, écrit-il à Bouvard, ces charlatans, sous prétexte de médecine, impunément voler la bourse et bien souvent tuer les pauvres malades par leurs remèdes. Et qui pis est, la plupart de ces gens là mènent une vie débordée, fréquentant les bordels pour faire gagner du mal aux uns et aux autres, et s'enquérir de la pratique (...) et aux femmes et aux filles (vendre)  poudres et breuvages abortifs pour avider leur ventre."
                    
          
Certes, mais, l'anglais William Harvey, archiatre du roi Charles 1er, professeur d'anatomie au Collège de Médecine de Londres, n'était pas un charlatan et quand, en 1649, il fit paraître deux lettres sur la circulation du sang qu'il adressa à son confrère, il le fit en termes fort cérémonieux:
        " A Jean Rioland, le fils, médecin parisien émérite, Coryphée des Anatomistes,
          Professeur royal émérite d'anatomie et de botanique et Doyen en l'Académie 
          parisienne, premier médecin de la Reine, mère de Louis XIII"

Jean Riolan s'emporta, se raidit dans sa conviction. Ce fut peut-être sa seule erreur mais elle le condamna aux yeux de la postérité.
 


Frontispice des Oeuvres anatomiques de Jean Riolant
à la droite du maître probablement Jean Patin


  Condamnation injuste:

     -  quand il enveloppe tous les médecins dans la robe pédante de Diafoirus, sous prétexte qu'ils s'expriment en latin. Le trait nous paraît aujourd'hui d'autant pertinent mais c'est oublier qu'au XVIème s. et au moins dans la première moitié du XVIIè s. le latin était la langue des savants car c'était un moyen de communication international. Le latin leur permettait de discuter, d'échanger entre eux par delà les frontières. Oserait-on accuser Montaigne et Descartes de pédantisme? pourtant leurs oeuvres ont - d'abord - été rédigées en latin, condition  pour être lues et comprises du plus grand nombre de leurs pairs. Harvey lui-même communiquait en latin. Quant aux oeuvres de Jean Riolan elles étaient également - par souci d'être comprises du plus grand nombre - éditées en langue vernaculaire, comme l'indique l'exemple ci-contre (édition 1626). Qu'il y ait eu des médecins pédants, sans nul doute; étaient-ils plus nombreux au XVIIème s. qu'aujourd'hui ?
 

     - Injuste, car l'oeuvre de Jean Riolan-fils, n'en demeure pas moins importante. Ses cours d'anatomie attiraient une foule d'auditeurs à qui il apprit "à se salir les mains" ! Les dissections de Jean Riolan étaient célèbres comme en témoignent ces vers de Fontenelle:
                                       Oter cordeau dessous la gorge
                                         A maint misérable pendu
                                         (..........................................)
                                         se faire voir, fressés, tripés
                                        cervelle et chair sous Riolan  

      
 Nous sommes bien loin des critiques de Molière accusant les médecins d'être  livresques et de regarder de haut et de loin leurs malades.
              " les gens qui tiennent que l'opération de la main en anatomie fait déshonneur au médecin, sont des douillets à qui les mains teintes de sang humain font horreur, ou des contemplatifs qui ne voient qu'en idée les choses de médecine." " (...) qu'on ne se laisse point emporter par la terreur panique de quelques uns (...) par crainte d'un juste ressentiment de la nature qui ne souffre pas sans vengeance la destruction de son ouvrage (...) sous prétexte que Vesale et Fallope sont morts en la fleur de leurs ans."
              " On doit enseigner par la lecture des bons auteurs (...) et par une dissection exacte, faite de sa propre main, et l'enseigner non seulement par les discours, mais par l'opération manuelle."
                " Je ne suis pas du nombre de ceux-là qui souhaitent et ont besoin d'un dissecteur plus expert qu'ils ne le sont, pour rechercher dans le corps humain les pensées anatomiques. J'ai ponctuellement et véritablement exposé les muscles de tout le corps."  
    

                  Loin d'être un pédant hautain, Jean Riolan a été un grand vulgarisateur. Il aimait passionnément cette Faculté de Médecine de Paris où il était né, où il avait grandi. Il la défendait bec et ongle avec enthousiasme, trop probablement pour ne pas s'aveugler lui-même, il n'avait de cesse de faire connaître au plus grand nombre sa doctrine, son enseignement, qui était, sur bien des points  le fruit de découvertes personnelles.

   Il étudie la langue, l' os hyoïde et le ligament qui s'étend depuis l'apophyse styloïde jusqu'à l'angle de la mâchoire inférieure.
   
    Il met en lumière l'arcade qui porte son nom. " Les différents vaisseaux réalisent une arcade bordante le long de la paroi colique, d'où naissent des vaisseaux droits pour le côlon lui-même; cette arcade s'anastomose en bas avec la dernière artère iléale et, dans le mésocôlon transverse, avec l'artère colique supérieure gauche, branche de la mésentérique inférieure, réalisant l'arcade de Riolan". Cette arcade n'est visible que "lorsqu'un obstacle se présente à l'une des extrémités" (occlusion ou sténose de l'artère mésentérique inférieure ou supérieure)


                  

      Jean Riolan fut le premier à décrire le crémaster et les tuniques des testicules, "membrane érythroïde, élytroïde "ainsi nommée parce qu'elle exprime très bien la coque d'un gland, elle est faite de l'allongement du péritoine"  "ces canaux réminifères puis déployés ont une longueur de plusieurs aunes". Il insiste sur l'hymen, que d'autres déclaraient n'avoir jamais vu: "C'est une membrane fort déliée, toute parsemée de petites veines, lesquelles, étant brisées à la première attaque du membre de l'homme, perdent quelques gouttes de sang"
     
      Conséquence de cet enseignement , Jean Riolan   fut également le premier à faire le lien entre l'anatomie et la médecine pratique, à lier ces deux notions inséparables, anatomie et pathologie. Au-delà de ses descriptions anatomiques, c'est peut-être le point le plus important de l'héritage que nous aura légué ce chercheur, qui le fut à une époque où la médecine en était à ses premiers balbutiements.

      Jean Riolan consacra une grande partie de son temps à l'écriture. Voici ce qu'en dit Patin dans une lettre à Bélin, médecin à Troyes, datée du 18 août 1647: 

               "M.Riolan, ad multa se accingit, 
( qui se prépare à de multiples tâches), savoir, à l'impression de son Anthropographie latine, in-folio, à mettre tout en un tome in-quarto comme le Perdulcis, les oeuvres de feu M.son père, augmentées de plusieurs traités; à faire un autre tome d'Opuscules français, dont il est l'auteur, où il y en aura un qui fera du bruit; on commencera l'hiver prochain à imprimer". (P.I.139) 
 

           " M.Riolan est véritablement asthmatique, mais il témoigne grande allégresse pour le présent; je pense que c'est l'édition de ses oeuvres qui le réjouit" (février 1648)
           " ...son Anthropographie l'occupe tout entier. Il emploie tout son loisir à revoir sa copie et ne la baille que feuille à feuille aux imprimeurs, à cause de quoi son ouvrage n'avance guère." ( mai 1648 
I,393) 

      "M. Riolan  s'en va  faire bientôt imprimer un livre in-octavo dans lequel seront contenus divers traités anatomiques, pathologiques de la circulation du sang."  (
I.180)  " (Il) m'a dit aujourd'hui (28 mai 1649) qu'il a dessein de mettre bientôt sur la presse un autre livre in-quarto, lequel contiendra quatre ou cinq traités français curieux, comme des géants, des hermaphrodites, de la circulation du sang, des recherches curieuses de l'université de Paris, et particulièrement de notre Faculté, où il y aura quelque chose contre le gazetier (Th.Renaudot) et contre M.Courtaud, doyen de Montpellier. Je voudrais que tout cela soit déjà imprimé: si cela n'est bon, au moins je pense qu'il sera curieux; car M.Riolan est un des hommes du monde qui sait le plus de particularités et de curiosités, non pas seulement en la médecine, mais aussi dans l'histoire."(P.II.517)


Monstri Integri & Defecti Effigies
  
 extraits de l'ouvrage:
  
"Curieuses recherches..."

de ses ouvrages, (24 au total) retenons:
    
- Osteologia ex veterum et recentiorum preceptis descripta (1614)
     - Anthropographia et osteologia (1618-1626-1628-1649)
     - Encheiridum anatomicum et pathologicum (1648)
     - Opuscula anatomica nova (Londres 1649)
     - Opuscula anatomica varia et nova (1652)
     - Curieuses recherches sur les escholes en médecine de Paris et de Montpellier, (1652)    

Enfin, et sans pouvoir être complet, ajoutons que Jean Riolan-fils fut, avec son beau-frère Bouvard, l'un des créateurs du Jardin des Plantes et qu'il avait usé de son influence auprès de Richelieu pour favoriser la création de  "l'Académie française".
 

famille et décès

     En 1649, Gui Patin s'inquiète de la santé de son ami.
      "Il me semble bien vieux, il commence à se casser, et est bien fort asthmatique, c'est pourquoi j'ai peur pour lui l'hiver prochain (...) il bredouille trop et n'y voit tantôt plus"
 

     
Patin doit prendre le relais et rédiger la table  de l' Anthropographie : 
    "sans moi, il n'y eût point eu d'index, M.Riolan disant qu'il n'avait point le loisir d'en faire un, qu'il ne se souciait point qu'il y en eût, et le libraire (Thevart) alléguant qu'il ne connaissait personne qui fût capable de le faire, si bien que sans la peine que j'en ai voulu prendre il n'y en eût point eu."
    " je ne sais si le public m'en saura gré, car personne d'ici ne m'en a dit grand merci. Voilà comment sont faits nos libraires de Paris. le livre n'a passé par mes mains que dans le temps que l'auteur me renvoyait les épreuves à lire après lui, avec tout pouvoir d'y changer ce que je voudrais; et de cette façon que je lui ai donné, je vous assure que ce livre n'en est pas empiré, car l'auteur n'en peut plus, son asthme lui ôte tout ce qu'il a de reste de santé."
(P.II.522)

          Son caractère s'aigrit encore davantage, il s'en prend à son ami Hofmann qui a eu le malheur de prononcer "cinq ou six picoteries" à l'encontre des Institutions de son père. Patin ayant refusé d'être cité dans un libelle contre les casuistes, il est à son tour "grondé" (il faut évidemment donner à ce mot le sens fort qu'il avait à l'époque: l'aboiement menaçant d'un chien, le grognement d'un porc), " il fut près d'un mois à ne plus envoyer ses épreuves, combien qu'il ne fût guère capable de les corriger." (P.I.462-463)

         Cette "âcreté" était bien excusable quand on sait que Jean était à cette époque en butte à de graves difficultés familiales :

         - son épouse, Elisabeth Simon qui, nous dit Patin "a été mauvaise toute sa vie, criarde, acariâtre, ménagère outre mesure";en 1657, elle est âgée de 78 ans,  elle était encore vivante mais:
 " pene ad senilem amentiam redacta = presque réduite à la démence sénile"

          - son fils aîné, (Henri ?)" qui, bénéficier de six mille livres de rente, est un débauché qui ne donne nul contentement à son père" qui le déshéritera "avec beaucoup de travail et de peine" " il y a une exhérédation tout entière bien canonique, et faite dans la rigueur des lois, par le conseil des trois meilleurs avocats du parlement, et par icelle il est réduit à cinq cents livres de rente sa vie durant. Voilà la récompense de sa malice et du mauvais traitement qu'il a fait à son père. On dit d'ailleurs que ce fils reste toujours bien débauché, et que c'est un dangereux garçon. Voilà grande pitié" (
P.II.280)
         
         -  son second fils ( Henri?) " qui est avocat à la cour, s'est marié contre son gré, et lui a donné beaucoup d'affaires; il a reçu de l'argent, fait de fausses quittances,etc.; bref il a fait comme font la plupart des enfants de Paris, bonne mine et bonne chère, sans s'enquérir aux dépens de qui ce sera";
   ( la plus grande confusion règne dans la généalogie dressée par Patin: Jean Rioland eut trois fils: Henri né en 1608 (l'aîné), Philippe (le deuxième) , né en 1615, abbé de St.Pierre de Flavigny en Bourgogne, celui qui alimente son père en "vin vieux" et un autre Henri né en 1617. Peut-être faut-il inverser les dates de naissance entre Philippe et Henri, car à aucun moment Patin ne se plaint de Philippe qu'il appelle l'abbé.)
          
           - la fille aînée,(Marguerite) "belle et sage, laquelle mourut toute en vie et presque subitement, qui a laissé beaucoup de petits enfants, qui ne sont pas trop accommodés, d'autant que leur père, depuis qu'il est veuf, a eu des pertes et a mal fait ses affaires. Il n'avait de consolation que de cet avocat, qui avait beaucoup de bonnes qualités, et entre autres, un esprit vif, tout de feu (...); sa fille aînée mourut inopinément d'une perte de sang fort excessive, en revenant de l'église";
       
              - sa seconde fille "est mariée aux champs";  il s'agit de Marie qui a épousé François Le Breton, fils d'Hector, "roi d'armes de France" elle vit en Touraine, à Neuillé-Pont-Pierre, au château de la Douënneterie.
         
          Il semblerait que cette faiblesse ne fut que passagère, car, en 1651, Patin écrit que "le bonhomme roule toujours, et a l'esprit aussi vert que s'il n'avait que trent-huit ans."

         En 1655, nouvelle alerte : "M.Riolan est fort vieux, M.Moreau se porte mieux, mais néanmoins il est bien cassé: puissent-ils tous deux vivre encore fort longtemps!" (Patin,II,162-mars 1655) Cette même lettre nous permet de connaître les émoluments d'un professeur de médecine:
          " M.Moreau ne cédera sa place de professeur du roi à son fils qu'en mourant, vu qu'étant, comme il est, un des anciens de ce collège, il a bien de plus grands gages, à cause de l'augmentation en faveur des plus vieux reçus, que n'aurait son fils, qui, étant le plus jeune, n'aura que 600 livres, au lieu que le père passe 1000 livres et a près de 1100 livres. Morin le mathématicien, qui  est de Villefranche en Beaujolais, qui est immédiatement devant lui, ayant la somme entière, qui remplit tout-à-fait, savoir 400 écus, qui est la même somme qu'en a le doyen, qui est M.Riolan, lequel venant à mourir je prendrai sa place."
 ( 3 livres = 1 écu, donc Jean Riolan percevait 1 200 livres; si l'on applique le barème bas que nous avons calculé dans notre ouvrage sur  Bartet, 1200 livres = 120 000 F, année 2000, soit un salaire actuel de 10 000 F= 1500 euros; le barème haut pour certains historiens serait du double. Malgré cet écart du simple au double, on perçoit les émoluments que percevaient les professeurs de la Faculté)

        Le mois suivant (avril 1655) la santé de Jean Riolan continue à donner des inquiétudes: "Notre bonhomme M.Riolan vivote, mais il est souvent attaqué de fluxions, de douleurs, de fièvre ou de goutte. Je sais bien que l'été lui est une saison favorable, aussi bien qu'à tous les vieillards asthmatiques comme lui; mais l'automne et l'hiver suivants en récompense me font peur, et crois avoir juste raison d'appréhender pour lui, d'autant que je le vois dans un grand penchant de ses forces, joint que son second fils, qu'il tient prisonnier et qui ne prend pas le chemin de s'amender, lui fait merveilleusement de la peine, et je ne doute point que cette affliction ne lui cause enfin la mort, laquelle ne viendra jamais qu'elle ne nous prive de plusieurs bonnes choses dont il a le dessein dans l'esprit."

         Patin assistera son ami dans les derniers moments:
"Le bonhomme est en grand danger; il pisse beaucoup de sang; mais ce qui est de pis, c'est que je le trouve ou au moins il me semble être très faible et en grand danger. J'ai peur qu'il ne s'en aille bientôt chercher M.Moreau en l'autre monde par sa propre faute; il n'a pu se réduire à vivre sobrement et à mettre beaucoup d'eau dans son vin. Quand je l'en avertissais, il me disait qu'il avait l'estomac vigoureux et accoutumé au vin; que celui qu'il buvait était de Bourgogne, du vin vieux de trois ans, et qu'il n'était pas besoin d'y mettre de l'eau; qu'il était doux comme du lait; qu'il était du vin de Plaute, fugiens et edentulum (un vin doux, gouleyant) que je ne vivrais jamais tant que lui à cause que je mettais trop d'eau en mon vin. Me voilà fort affligé de voir encore ce bonhomme réduit à ce danger, lui qui était mon meilleur ami. Le pape ne serait pas tant affligé de la mort de six cardinaux, car il y gagnerait, comme j'ai l'occasion de me chagriner si nous perdons ce bonhomme. Il a été confessé, communié et a eu l'extrême-onction le 18 à neuf heures du soir. Une heure devant il avait été sondé, me praesente, par un chirurgien de la Charité, nommé Ruffin, qui fit aussi bien que M.Colot: la sonde a désempli la vessie, et a fait couler bien du sang aussi bien que de l'urine. Le pauvre bonhomme est en mauvais état; il m'a baisé et m'a fait pleurer. Son fils, le débauché l'est venu voir et lui a demandé pardon (...)
       
Jean Rioland décéda le lundi 19 février 1657 à sept heures du soir "âgé de  septante-sept ans, moins cinq heures". " il ne fut que trois jours  malade de la suppression d'urine qui l'emporta" Il fut enterré le mercredi 20 "dans Saint-Germain, sa paroisse, en fort belle et fort grande compagnie". (P.I.221.II-281)

         
 Patin nous brosse des quatre dernières années de la vie de son ami, un tableau des plus sombres:
        " le bonhomme a depuis quatre ans l'esprit étonné et embarrassé de plusieurs choses, savoir, de son fils débauché qu'il voulait, par haine et par vengeance, à quelque prix que ce fut, déshériter, ce qu'enfin il a fait. Il avait aussi l'esprit étonné , se voyant méprisé des malades, chez lesquels il était fort incommode, et des médecins mêmes, desquels il se voyait abandonné. Je puis bien vous alléguer une autre cause, c'est qu'il était presque toujours malade. Il buvait tous les jours du vin tout pur, ou n'y mettait guère d'eau, et me disait pour excuse que c'était du vin vieux de Bourgogne de deux ans, de l'abbaye de son fils
(à Flavigny de Bourgogne, près de Sainte-Reine); il se moquait de moi de ce que je mettais beaucoup d'eau dans mon vin, et disait que je ne vivrais guère longtemps, ce qui pourra bien être vrai, mais non pas pas de telle cause ni de tel désordre."
          Qui plus est, il semble bien qu'à sa mort, Jean Rioland était ruiné: "...et même feu M.Riolan m'a dit qu'avant que de mourir il aurait tout mangé, si bien que je ne sais ce qu'il y a à espérer des papiers du défunt, qui sont, à ce que j'apprends en mauvais ordre; mais au moins je ne crois pas qu'il y ait rien d'achevé. Même M.l'abbé, son fils, m'a dit qu'ils ne se trouvent presque rien des augmentations dont il avait tant parlé sur son Enchiridion anatomicum et pathologicum (manuel d'anatomie et de pathologie). Et ses opérations de chirurgie sont pareillement imparfaites"
" Tout est scellé en sa maison; ses enfants plaident les uns contre les autres, à cause de son second fils, qu'il a déshérité pour ses débauches. Il y avait sept ans qu'il plaidait contre son pauvre père, qui a gagné partout; mais il ne l'a jamais pu ramener à son devoir".
 " nous ne savons pas ce que deviendront les livres et papiers de M.Riolan, n'ayant fait ni testament ni aucune autre disposition par écrit. Il m'avait dit quelquefois qu'il me ferait exécuteur de son testament, et qu'il voulait que la postérité sût que j'avais été son meilleur ami; mais il est mort sans l'avoir prévu et sans avoir donné l'ordre à ses affaires. Les vieilles gens sont d'ordinaire oublieux et négligents." (P.III.76)

    (Il faut accorder à ces propos toute la déception d'un Patin, intéressé et intriguant!)

 

 

(à compléter)