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Jean   Rioland   (père)

(La graphie Rioland, avec un [-d] final est celle retenue sur les cahiers de catholicité.
C'est la transcription en latin [Riolanus] qui a fait perdre le [d] final
sans que lesdits médecins ne perçoivent l'énormité phonique que prenait leur patronyme !)

extraits de

Claude Rioland, Johannus Riolanus pater et filius, la médecine au XVIè et XVIIème siècle,
(à paraître)
 

 

   Effigies Ioannis RIOLANI
   Medici Parisiensis obiit  aetatis
   anno salutis 1605 . die 18 . Octobris

   ce portrait illustre l'édition posthume
   de ses oeuvres complètes (Opera omnia)
   parues en 1610, in folio de 665 p.

  (  1539 ca - 1605 )  

 

les origines
 

      Comme pour la plupart de ses contemporains, les origines de Jean Riolan(d) sont incertaines . Jean serait né à Amiens en 1539, d'un père marchand drapier, échevin de la ville; ses ancêtres avaient été tisserands avant de devenir saiteurs - c'est précisément cette appartenance à la corporation des tisserands qui permettrait de relier cette famille (alors peu répandue en Picardie et qui en disparaîtra rapidement ) aux tisserands éponymes de la région de Valençay en Berry, (Valençay - où l'industrie textile était développée au Moyen Age) par le truchement d'un compagnon accomplissant son Tour de France. L'hypothèse est hasardeuse mais plausible.
    Jean aurait eu (au moins) une soeur aînée et trois frères : l'aîné qui succéda à son père et fut désigné échevin d'Amiens par Charles IX,  un second, avocat, un troisième , religieux. On pouvait encore voir à Amiens à la fin du XIXème siècle, la maison familiale, à l'enseigne de  "l'âne rayé"
(cf. le dossier: PICARDIE). 

 

le philosophe

     Si François, l'aîné, fut appelé à poursuivre les activités familiales amiénoises et à endosser les responsabilités politiques de l'échevinage, Jean  fut envoyé, lui,  au collège de Picardie à Paris, pour y parfaire ses études. Travailleur acharné, il étudiait, en plein jour, été comme hiver, portes et fenêtres fermées à la lumière de la bougie. Brillant étudiant,  non seulement il  acquit la maîtrise des langues anciennes: grecque, latine,  hébraïque, mais il apprit plusieurs langues européennes, qu'il parlait couramment, ce qui lui permit - sa vie durant - de correspondre avec les Humanistes de son époque. Guy Patin disait de lui  que c'était un homme doux et bon, Pierre de l'Estoile, dans ses "Mémoires", ajoutera qu'il était "estimé en sa profession, l'un des plus doctes, non de la France seulement, mais  de l'Europe"!

      Son érudition le poussa tout naturellement à enseigner la philosophie, ce qu'il fit au collège de Boncour. Il n'a que 26 ans, lorsque paraît son premier livre (qui s'apparente à un manuel scolaire) sur " l'origine, les progrès et la décadence de la philosophie"; en 1568, il publie un ouvrage critique sur la pensée de Pierre Ramus, d'autres essais suivront, si bien que la biographie de Jean Riolan pourrait se confondre avec sa bibliographie :  - destin et libre arbitre, -  Dieu et la Nature ne font-ils qu'un ? -  Dieu est-il  le moteur premier, etc.



le médecin


       A 35 ans, il entreprend une nouvelle étape: il étudie avec ardeur la médecine. Il a pour maître Simon Piètre, qui avait adopté les idées de la Réforme et qu'il sauva lors de la sinistre Saint-Barthélemy en venant le soustraire à la meute sanguinaire pour le cacher au sein même de l'abbaye Saint-Victor. Jean obtient la licence en 1568,  le grade de docteur en 1574; il est élu  doyen en 1586 et sera - comme le voulait la tradition -  réélu l'année suivante.  De cette époque date son mariage: il entre dans l'éminente famille de son professeur et maître, Simon Piètre, en épousant la fille : Anne.

       Jean Riolan ne fut pas moins brillant médecin qu'il avait été brillant philosophe; les deux disciplines étant d'ailleurs étroitement imbriquées dans la pure tradition d'Hippocrate et de Galien. Nous avons la chance de posséder l'un de ses cours , grâce à son  élève, Abraham de la Framboisière, qui nous en a laissé une copie manuscrite. Ce cours, rédigé en latin, émaillé de nombreuses citations en grec, recouvre une année universitaire complète (1584-1585). Il traite successivement de la Physiologie, de la Pathologie, de l'Hygiène, de la Thérapeutique, de la Pharmacie et de l'Alexipharmaque (remède contre les venins).

        
Loin de s'enfermer dans un passéisme stérile, Jean Riolan se passionna pour l'anatomie et procéda à de nombreuses dissections, passion qu'il communiquera à son fils. On apprend ainsi que " pour avoir un corps propre à la dissection, plusieurs conditions sont nécessaires ut sit mortuum non vivum (!)  ... qu'il soit en bon état de conservation, pas trop gras et qu'il soit mort plutôt par l'oeuvre de l'eau que par la pendaison" ! Ce ut sit... "qu'il soit mort et non vivant" en dit long sur les moeurs de cette époque! Quel qu'en soit le domaine, ses travaux, fondés sur l'observation, étaient empreints de précision et de concision,  par un effort de vulgarisation, il  prit soin  de les mettre à la portée de tous ses étudiants.

          
Le décanat donna à Jean Riolan l'occasion de se montrer un défenseur acharné de la Faculté de médecine. Il n'eut de cesse de dénoncer les "charlatans" qui pratiquaient une "médecine parallèle" sans en avoir les compétences: barbiers, chirurgiens, alchimistes, métallurgistes, chimiâtres, Paracelsistes....

           "les chirurgiens et barbiers font en sorte qu'on ne les distingue plus des véritables médecins"    
            " Adonc, la chirurgie est subordonnée à la médecine tout autant que la pharmacie et le chirurgien ne peut opérer ni enseigner sans le recours à la médecine."

          Il n'éluda aucune polémique, comme le signale Patin dans ses Lettres:

   " ... cette apologie de Mayerne ne manqua pas de réponse. M.Riolan, le père, y répondit par un livret exprès, élégant et savant à son accoutumée...."

       La "responsio ad libavii maniam" qu'il prononça contre Harvet (médecin d'Orléans) en 1603, souleva l'enthousiasme de ses confrères : les 43 maîtres promulguèrent sur le champ un décret par lequel ils condamnaient l'art spagyrique (chimique), prirent à leur charge l'impression du livre contre Libavius, (60 exemplaires qu'ils se distribuèrent),  exemptèrent son fils (Jean) des frais de licence (180 livres) et  lui firent cadeau d'une belle salière en argent, remplie de sel, comme symbole ... de la sagesse de son argumentation ! Une autre diatribe contre la médecine chimique de Paracelse  parut en 1600 "Censura Scolae parisiensi contra Alchimiam lata" (Paris, in-8). Les chirurgiens - à qui il reprochait ignorance et manque de méthode, furent également l'objet de plusieurs pamphlets.



 famille

      Jean Rioland (père) s'éteignit le 18 octobre 1605, à l'âge de 67 ans, d'un ulcère rénal. Anne l'avait précédé en mai 1604. Ils laissèrent 6 enfants vivants:
            - Jean, l'ainé,  brillant successeur de son père, qui suit.
            - Anne qui va épouser le non moins célèbre Bouvard, premier médecin de Louis
                      XIII, co-fondateur avec son beau-frère du Jardin des Plantes. 
            - François, curé de St Germain le vieil, 
            - Marie qui va épouser Henri Peigné (médecin ?)
            - Jeanne, la plus jeune des filles épousera.... un médecin, Michel Francier
            - Claude, dont nous ne possédons aucune trace.

              Il faut souligner qu'à l'encontre des bourgeois de son époque qui recherchaient des offices pour obtenir des titres de noblesse, Jean Riolan se consacra totalement à la médecine (pratique et enseignement) et vécut modestement.

 

bibliographie

1.- Ad dialectam P.Rami, Paris, in-4°, 1568

2.- De primis principiis rerum naturalium libri tres. Paris, 1571, in-8° :
                                                                                         
      Montbéliard,1588, in-8°
3
.- Ad librum Fernelii De elementis …comentarius, Paris,1575, in-8°

4.- Ad impudentiam quorumdam chirurgorum qui Medicis aequari,& chirurgiam publice profiteri volunt, pro veteri dignitate Madecinae apologia philosophica. Paris, 1577. in-8°

5.-Ad librum Fernelii De facultatibus ...animae , Paris ,1577, in-8°

6.- Commentarii in sex posteriores physologiae Fernilii libros.
                                       
Paris, 1577, Montbéliard, 1589, Anvers, 1601; tous in-8°

7.-Ad librum Fernelli De procreatione hominis , Paris, 1578, in-8°

8.-Iannis Riolani in Libros fernelij Partem physiologius, partem Therapeuticis Commentariij. Accesserunt eiusdem Riolani De Primis principiis rerum naturalium. Libri III, 480 pp. Montbéliard,1588

9.- Ars bene medendi. Lyon, 1589, in-8° (réédition 1601,Paris,Périer, in-12)

10.- Ad libros Ferneli de Abditis rerum causis J.Riolani commentarius Livre II Ch XVIII Unde natae totius substantiae proprietas, Paris,1598,in-8

11.- Chirurgia, s.l.1601, in-8°   

 12.-Ad libros Ferneli de Abditis rerum causis J.Riolani commentarius , Livre II Ch XVIII Unde natae totius substantiae proprietas , Paris ,1602, in-8°

          Ses " Universae medicinae compendia, parus à Bâle en 1601, furent réédités à Paris en 1606, 1618, 1619, 1638. Paraissait encore, en 1640, 35 ans après sa mort sa doctrine sur les fièvres: Tractatus de febribus
          En 1610, son fils avait réuni ses ouvrages philosophiques sous le titre  Joannis Riolani patris opera. (Paris, Périer,1610, in fol.)

 (à suivre: Jean Rioland, fils)

Sources:

Robert Benoît, Conceptions médicales à l'Université de Paris d'après les cours de Jean Riolan à la fin du XVIème siècle, in Histoire, Economie et Société, 1995,n°1

 Guy Patin, Lettres, éd.Reveillé-Parise, Paris, Baillière,1846

 Pierre de l'Estoile, Mémoires, éd.Jouaust-Lemerre,P.1899

Docteur en médecine de la faculté de Paris
1586